{"id":5110,"date":"2025-12-30T16:20:58","date_gmt":"2025-12-30T15:20:58","guid":{"rendered":"http:\/\/leprado.org\/?page_id=5110"},"modified":"2025-12-30T16:23:08","modified_gmt":"2025-12-30T15:23:08","slug":"alfred-ancel-alfred-ancel-et-la-jeunesse-en-difficulte","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/leprado.org\/en\/alfred-ancel-alfred-ancel-et-la-jeunesse-en-difficulte\/","title":{"rendered":"Alfred Ancel &#8211; Alfred Ancel et la jeunesse en difficult\u00e9"},"content":{"rendered":"<div data-elementor-type=\"wp-page\" data-elementor-id=\"5110\" class=\"elementor elementor-5110\" data-elementor-post-type=\"page\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-8390786 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"8390786\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-647d90e elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"647d90e\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><b>De grands projets<br><\/b>Olivier de Berranger (Pages 111-117)<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le Prado, fond\u00e9 Par Antoine Chevrier, comme une \u00ab&nbsp;Providence&nbsp;\u00bb dessin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation d&rsquo;adolescents priv\u00e9s d&rsquo;un minimum d&rsquo;instruction religieuse, et comme une p\u00e9pini\u00e8re d&rsquo;ap\u00f4tres pauvres, \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre une \u00e9volution consid\u00e9rable. On peut parler de la v\u00e9ritable \u00ab mue \u00bb d&rsquo;une institution, d&rsquo;abord incarn\u00e9e dans des \u00ab \u0153uvres\u00bb lyonnaises, alors qu&rsquo;elle allait de plus en plus se r\u00e9aliser \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une transformation sociale et d&rsquo;un dynamisme missionnaire qui touchaient l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00c9glise de France.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le d&rsquo;une \u00ab \u0153uvre de Premi\u00e8re Communion \u00bb et d&rsquo;une \u00ab \u0153uvre cl\u00e9ricale \u00bb, tel qu&rsquo;Alfred Ancel en avait h\u00e9rit\u00e9 de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re transposable ailleurs, quels que soient les r\u00eaves qu&rsquo;il ait pu faire \u00e0 ce sujet. Il lui \u00e9tait difficile alors de ne pas concevoir le Prado autrement que comme cette institution sp\u00e9cifique qu&rsquo;on lui l\u00e9guait; le caract\u00e8re \u00ab s\u00e9culier\u00bb des pradosiens ne lui \u00e9chappait pas, mais il n&rsquo;en tirait pas imm\u00e9diatement les cons\u00e9quences pour une insertion de leur minist\u00e8re dans des dioc\u00e8ses respectifs. D&rsquo;ailleurs, cette image d&rsquo;un Prado g\u00e9rant ses propres \u0153uvres au service des plus d\u00e9munis, dans une France boulevers\u00e9e par la guerre, \u00e9tait largement r\u00e9pandue soit parmi les \u00e9v\u00eaques soit parmi les repr\u00e9sentants de l&rsquo;ordre public.<\/p>\n<p>On le vit notamment quand se posa la question de confier au Prado la \u00ab r\u00e9\u00e9ducation\u00bb de la jeunesse d\u00e9linquante.<\/p>\n<p>En 1933, alors que le P\u00e8re Ancel \u00e9tait \u00e0 Limonest, le sup\u00e9rieur du Prado, qui \u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque le P\u00e8re Charnay, avait eu l&rsquo;initiative d&rsquo;\u00e9tablir une \u00ab \u0153uvre agricole \u00bb \u00e0 Salornay, sur la commune d&rsquo;Hurigny, en Sa\u00f4ne-et-Loire. Francis Jaillet, l&rsquo;un de ces pradosiens \u00e9ducateurs-n\u00e9s qu&rsquo;\u00c9mile Gerin aurait aim\u00e9 retenir \u00e0 La Roche, fut l&rsquo;homme qui d\u00e9fricha l&rsquo;important terrain de Salornay, qu&rsquo;une g\u00e9n\u00e9reuse baronne, d\u00e9pourvue de descendants, avait voulu donner au Prado avec sa belle propri\u00e9t\u00e9. Le P\u00e8re Ancel se rangeait \u00e0 ce moment-l\u00e0 parmi les pradosiens qui restaient pour le moins perplexes devant cette fondation. Il est significatif qu&rsquo;il ne fit jamais venir le P\u00e8re Jaillet \u00e0 Limonest pour une causerie aux s\u00e9minaristes. \u00c0 Jean Rosier, un ami \u00ab rochois\u00bb de ce dernier, qui demandait au P\u00e8re Ancel les raisons de sa prudence, celui-ci r\u00e9pondit : \u00ab Il faut faire pour Salornay le m\u00eame raisonnement que Gamaliel&#8230; \u00bb Le P\u00e8re Ancel entendait par l\u00e0, comme Gamaliel l&rsquo;avait dit de la pr\u00e9dication des ap\u00f4tres : \u00ab Si l&rsquo;\u0153uvre vient des hommes, elle tombera d\u2019elle-m\u00eame ; si elle vient de Dieu, vous n&rsquo;arriverez pas \u00e0 la retenir. \u00bb<\/p>\n<p>De fait, l&rsquo;\u0153uvre tint bon. Elle devint le premier \u00ab Centre de r\u00e9\u00e9ducation \u00bb du Prado, et fut reconnue tr\u00e8s t\u00f4t par l&rsquo;acad\u00e9mie de M\u00e2con comme \u00ab \u00e9minemment sociale \u00bb. Devenu sup\u00e9rieur, le P\u00e8re Ancel ne la bouda plus, et vint en personne inaugurer un nouveau b\u00e2timent achev\u00e9 par des jeunes r\u00e9fractaires du S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) \u00e0 la barbe des Allemands. Le jeune sup\u00e9rieur du Prado n&rsquo;avait pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 allouer, pour cette construction, une somme importante mise de c\u00f4t\u00e9 par Francis Laffay avant 1939. Les talents du P\u00e8re Jaillet furent tels que la somme devait \u00eatre int\u00e9gralement rembours\u00e9e, et lorsque celui-ci quitta Salornay en 1952 apr\u00e8s vingt ans de pr\u00e9sence, il laissa \u00e0 son successeur, Roger Giraud, des locaux capables de recevoir 130 gar\u00e7ons et des ateliers de menuiserie, imprimerie, m\u00e9canique, reliure, cordonnerie, tonnellerie, ma\u00e7onnerie, boulangerie, qui s&rsquo;\u00e9taient ajout\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;agriculture des origines.<\/p>\n<p>Si cette nouvelle initiative avait mis un certain temps avant d&rsquo;obtenir l&rsquo;adh\u00e9sion des pradosiens, qu&rsquo;en serait-il d&rsquo;une transformation qui affecterait l&rsquo;\u0153uvre directement fond\u00e9e par Antoine Chevrier, dans les lieux m\u00eames qu&rsquo;on prit l&rsquo;habitude d&rsquo;appeler la \u00ab maison-m\u00e8re \u00bb, \u00e0 la Guilloti\u00e8re ? Le cadre ext\u00e9rieur, si important pour maintenir les symboles, \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s immuable. M\u00eame le v\u00eatement des enfants de la Premi\u00e8re Communion n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 depuis 1927. En 1939, l&rsquo;uniforme qu&rsquo;ils portaient pour le grand jour de la c\u00e9r\u00e9monie \u00e9tait encore la blouse \u00e0 carreaux, comme en 1860&#8230; Lorsque apr\u00e8s cinq ans de sup\u00e9riorat, le P\u00e8re Ancel se r\u00e9soudra \u00e0 introduire des modifications beaucoup plus fondamentales, il lui faudra s&rsquo;expliquer longuement dans la revue des Anciens de La Roche, devenue l&rsquo;organe de liaison de tous les amis du Prado. Il le fit \u00e0 partir d&rsquo;une constatation historique : \u00ab Depuis 1860 jusqu&rsquo;\u00e0 1914 le monde avait \u00e9volu\u00e9 lentement. La guerre de 1914 et surtout celle de 1939 ont pr\u00e9cipit\u00e9 cette \u00e9volution. Le monde, m\u00eame le monde des enfants, n&rsquo;\u00e9tait plus le m\u00eame. Il fallait en prendre conscience. Nous \u00e9tions oblig\u00e9s d&rsquo;en tenir compte. \u00bb<\/p>\n<p>La prise de conscience op\u00e9r\u00e9e au Prado n&rsquo;avait rien d&rsquo;abstrait. Elle ne partait pas d&rsquo;abord d&rsquo;une analyse de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Une V\u00e9ronique Devaux par exemple, qui \u00e9tait la S\u0153ur charg\u00e9e de la \u00ab s\u00e9rie \u00bb des filles, comme on disait, fit remarquer en 1945 au P\u00e8re Ancel combien \u00e9taient insuffisants les six mois traditionnels pour assurer une cat\u00e9ch\u00e8se \u00e0 des enfants \u00e9lev\u00e9s vaille que vaille dans une atmosph\u00e8re d\u00e9christianis\u00e9e. D&rsquo;autre part, d\u00e8s avant la Lib\u00e9ration, des demandes de plus en plus pressantes furent adress\u00e9es au Prado, tant\u00f4t par les pouvoirs publics tant\u00f4t par certains \u00e9v\u00eaques, pour une prise en charge de la jeunesse d\u00e9linquante. C&rsquo;est ainsi que le \u00ab Prado des Sucs\u00bb, \u00e0 Saint-Romain-le-Puy, fut fond\u00e9 en 1943, avant de d\u00e9m\u00e9nager apr\u00e8s quatre ans \u00e0 Oullins, au sud de Lyon, puis \u00e0 Fontaines-Saint-Martin, le long de la Sa\u00f4ne. On y accueillit les d\u00e9biles l\u00e9gers. Les S\u0153urs du Prado se pr\u00eat\u00e8rent merveilleusement \u00e0 cette \u0153uvre nouvelle. Dans la Gironde aussi, en 1944, un \u00e9ducateur la\u00efc collabora avec le Prado \u00e0 la fondation d&rsquo;une maison de r\u00e9\u00e9ducation au Pont-de-la-Maye. Et en 1945, un centre d&rsquo;accueil pour les mineurs d\u00e9linquants, entre le moment de leur arrestation et celui de leur jugement, vit le jour \u00e0 Nantes sous la responsabilit\u00e9 du P\u00e8re Joseph Tortel. Dans toutes ces cr\u00e9ations, le P\u00e8re Ancel trouva un conseiller p\u00e9dagogique remarquable en la personne du P\u00e8re Joseph Filliatre. Mme Line Th\u00e9venin lui apporta son concours de m\u00e9decin et le soutien d&rsquo;une comp\u00e9tence juridique exceptionnelle.<\/p>\n<p>Il fallut donc attendre 1947 pour qu&rsquo;on se r\u00e9solve \u00e0 toucher \u00e0 \u00ab la maison-m\u00e8re&#8230; \u00bb Le P\u00e8re Ancel ne souhaitant pas abandonner \u00ab l&rsquo;\u0152uvre de la Premi\u00e8re Communion \u00bb. Mais puisque, comme il le constatait, \u00ab m\u00eame le monde des enfants n&rsquo;\u00e9tait plus le m\u00eame \u00bb, il fallait r\u00e9aliser une adaptation de l&rsquo;\u0153uvre aux conditions changeantes de la soci\u00e9t\u00e9 sans rien renier de l&rsquo;esprit qui avait pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa fondation. Alfred Ancel a r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 ce sujet une page qui r\u00e9v\u00e8le le fond de sa pens\u00e9e. Non seulement il cherche \u00e0 entrer dans l&rsquo;esprit d&rsquo;un fondateur, mais il p\u00e9n\u00e8tre avec lui dans le dynamisme spirituel qui a donn\u00e9 \u00e0 ce dernier les dimensions d&rsquo;un pr\u00e9curseur :<\/p>\n<p>\u00ab Le vrai pr\u00e9curseur, suivant l&rsquo;esprit de l&rsquo;\u00c9vangile, n&rsquo;est pas un aventurier, ni un conformiste.<\/p>\n<p>\u00ab Il n&rsquo;est pas un conformiste. C&rsquo;est \u00e9vident. Celui qui est li\u00e9 aux formes pass\u00e9es ou qui se lie aux m\u00e9thodes actuellement \u201c\u00e0 la page\u201d n&rsquo;a pas la libert\u00e9 suffisante pour aller de l&rsquo;avant, il est un \u201csuiveur\u201d. De ce fait, le P\u00e8re Chevrier n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 critiquer d&rsquo;une fa\u00e7on objective et s\u00e9v\u00e8re les m\u00e9thodes formalistes qui \u00e9taient \u00e0 la mode de son temps.<\/p>\n<p>\u00ab Le vrai pr\u00e9curseur n&rsquo;est pas non plus un aventurier. Rien n&rsquo;est plus oppos\u00e9 \u00e0 son esprit que de \u201cpartir en fl\u00e8che\u201d ou de \u00a0\u00bb foncer\u201d en poussant \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame une id\u00e9e plus ou moins heureuse (&#8230;). Ni conformiste ni aventurier, le P\u00e8re Chevrier est un \u00e9vang\u00e9lique. Les yeux fix\u00e9s sur le Seigneur J\u00e9sus et sa doctrine, il sait trouver dans l&rsquo;\u00c9vangile et dans la tradition vivante de l&rsquo;\u00c9glise la r\u00e9ponse \u00e0 tous les probl\u00e8mes concrets qui se posent.<\/p>\n<p>\u00ab G\u00e9n\u00e9ralement, les hommes ne savent pas comprendre leur \u00e9poque et, quand ils la comprennent, ils ne savent pas trouver de quoi satisfaire \u00e0 ses besoins. Celui qui s&rsquo;inspire \u00e0 la source tr\u00e8s pure de l&rsquo;\u00c9vangile sait \u00e0 la fois comprendre son \u00e9poque et lui proposer les rem\u00e8des dont elle a besoin. Il comprend son \u00e9poque, parce qu&rsquo;il la regarde avec J\u00e9sus qui est la lumi\u00e8re du monde. Il aime beaucoup ses contemporains. Il ne les juge pas, il veut les sauver. Quand on aime, on comprend. Il lui propose des rem\u00e8des adapt\u00e9s parce que l&rsquo;\u00c9vangile est toujours adapt\u00e9 (&#8230;). Il n&rsquo;a pas de doctrine \u00e0 lui, de syst\u00e8me propre, mais il re\u00e7oit son enseignement de l&rsquo;unique Ma\u00eetre qui est J\u00e9sus : ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas de regarder ce que font les hommes ses fr\u00e8res afin de profiter de tous leurs apports.<\/p>\n<p>\u00ab Le disciple de J\u00e9sus n&rsquo;est domin\u00e9 ni par la crainte des changements ni par l&rsquo;app\u00e9tit du nouveau ; dans la lumi\u00e8re de J\u00e9sus, il domine le temps et s&rsquo;adapte (&#8230;). Le disciple de J\u00e9sus est donc perp\u00e9tuellement un cr\u00e9ateur. Pour les aventuriers, il fait figure de retardataire. Pour la masse des hommes, il semble imprudent. Au jugement de l&rsquo;histoire, il est un pr\u00e9curseur ; mais c&rsquo;est relatif. Les aventuriers s&rsquo;\u00e9garent, la masse est en retard ; lui il est pr\u00e9sent \u00e0 son temps. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 son insu, Alfred Ancel ne tra\u00e7ait-il pas l\u00e0 son autoportrait ? Son intention \u00e9tait seulement d&rsquo;indiquer o\u00f9 il puisait sa ligne de conduite. Et c&rsquo;est bien ce qui est remarquable chez cet homme. En 1925, il \u00e9tait arriv\u00e9 de Rome, plein de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 certes, mais imbu de principes tr\u00e8s critiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du monde moderne. Le voici un peu plus de vingt ans plus tard. Il n&rsquo;a rien perdu de sa volont\u00e9 de distance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de tout courant de pens\u00e9e qui pr\u00e9tendrait s&rsquo;imposer \u00e0 ses vues apostoliques. Mais l&rsquo;action \u00e9vang\u00e9lique a d\u00e9cupl\u00e9 en lui une attitude de compr\u00e9hension et un d\u00e9sir de r\u00e9alisme plus forts que ses principes. C&rsquo;est pourquoi, surmontant ses propres r\u00e9ticences, celles de ses confr\u00e8res et celles de tous les coop\u00e9rateurs d&rsquo;une \u0153uvre qui a d\u00e9j\u00e0 plus de 80 ans, il d\u00e9cide de l&rsquo;adapter \u00e0 des temps nouveaux.<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, il fallait r\u00e9viser la p\u00e9dagogie. Apr\u00e8s-guerre, on ne pouvait plus imposer \u00e0 des adolescents le r\u00e9gime de six ou sept s\u00e9ances de cat\u00e9chisme ou d&rsquo;exercices de pi\u00e9t\u00e9 quotidiens qui \u00e9tait encore leur lot lorsque, jeune pr\u00eatre, Alfred Ancel avait \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u0152uvre de la Premi\u00e8re Communion. Le degr\u00e9 de d\u00e9christianisation atteint alors par la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;o\u00f9 ces jeunes venaient \u00e9tait tel qu&rsquo;il aurait fallu utiliser la contrainte pour leur enseigner la religion \u00e0 un rythme pareil. Or, comme le P\u00e8re Ancel le rappela dans Prado, \u00ab la foi ne s&rsquo;impose pas \u00bb.<\/p>\n<p>Il y avait de plus une \u00e9volution l\u00e9gislative qui favorisait la transformation de l&rsquo;\u0153uvre : la scolarit\u00e9 obligatoire jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 14 ans avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e en 1936 par le Front populaire ; et depuis 1945, on pouvait b\u00e9n\u00e9ficier de subventions pour l&rsquo;\u00e9ducation des enfants retard\u00e9s ou d\u00e9linquants. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce dernier point qui, paradoxalement, suscita le plus de difficult\u00e9s au Prado, car, pour ses responsables, si l&rsquo;on voulait maintenir l&rsquo;esprit d&rsquo;Antoine Chevrier, ne fallait-il pas d\u00e9pendre absolument de la seule Providence ?&#8230; c&rsquo;est-\u00e0-dire en r\u00e9alit\u00e9 des \u00ab bienfaiteurs \u00bb, qui se faisaient de plus en plus prier. Ces derniers ne remettaient pas en cause la \u00ab ligne \u00bb du nouveau sup\u00e9rieur, mais on \u00e9tait en p\u00e9riode \u00e9conomiquement difficile. Bref, il y avait l\u00e0 le jeu normal d&rsquo;une \u00e9volution des mentalit\u00e9s dont il fallait tenir compte. C&rsquo;est ainsi que le \u00ab Prado de la Guilloti\u00e8re \u00bb devint un \u00ab Prado \u00bb parmi les autres. Comme dans tous les \u00ab prado s\u00bb, on voulut y maintenir une formation chr\u00e9tienne, tout en assurant l&rsquo;instruction primaire ou l&rsquo;orientation professionnelle. Cette formation avait essentiellement pour base un climat de libert\u00e9. Le P\u00e8re Ancel aimait rencontrer lui-m\u00eame les adolescents, \u00e0 l&rsquo;occasion de telle ou telle \u00ab r\u00e9collection \u00bb qu&rsquo;il leur pr\u00eachait. Il s&rsquo;int\u00e9ressait personnellement \u00e0 eux et cherchait, parmi les pradosiens, ceux qui \u00e9taient le plus \u00e0 m\u00eame de les comprendre et de les former, pour qu&rsquo;ils b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;une \u00e9ducation compl\u00e8te les pr\u00e9parant vraiment \u00e0 la vie. Il demandait pareillement aux S\u0153urs de donner \u00e0 ces maisons de bonnes \u00e9ducatrices. D&rsquo;ailleurs, celles-ci, de leur propre initiative, cr\u00e9\u00e8rent plusieurs \u00ab Foyers de jeunes ouvri\u00e8res \u00bb pour r\u00e9pondre \u00e0 des besoins croissants \u00e0 Lyon et dans sa banlieue.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres \u00e9volutions devaient encore se dessiner par la suite. Peu \u00e0 peu, la direction des centres du Prado passa des mains des clercs entre celles des la\u00efcs. Puis, l&rsquo;introduction d&rsquo;une convention collective dans la profession des \u00e9ducateurs, et, plus encore peut-\u00eatre, l&rsquo;influence croissante des \u00ab sciences humaines \u00bb sur leurs tentatives p\u00e9dagogiques, accentu\u00e8rent la transformation des anciennes \u00ab maisons de r\u00e9\u00e9ducation \u00bb. D\u00e9j\u00e0, apr\u00e8s 1955, lorsque fut cr\u00e9\u00e9 le \u00ab Prado \u00bb de Saint-Romain-au-Mont-d&rsquo;Or, la gestion de l&rsquo;ensemble des maisons passait peu \u00e0 peu de l\u2019ancienne \u00ab Association de la Providence du Prado \u00bb \u00e0 un \u00ab \u00c9tablissement de la Providence du Prado \u00bb reconnu d&rsquo;utilit\u00e9 publique, de sorte que l\u2019on pouvait recevoir des legs sans imposition. Le ma\u00eetre d&rsquo;\u0153uvre de cette mutation \u00e9tait le P\u00e8re \u00c9mile Gerin, alors \u00e9conome du Prado, mais il agissait en accord avec le P\u00e8re Ancel. En 1971, lorsque ce dernier quittait sa charge de sup\u00e9rieur, la s\u00e9paration entre \u00ab l\u2019\u00c9tablissement \u00bb, g\u00e9rant tous les centres d&rsquo;adolescents, y compris celui de l&rsquo;ancienne \u00ab maison-m\u00e8re \u00bb, et l&rsquo;Institut sacerdotal du Prado, \u00e9tait consomm\u00e9e.<\/p>\n<p>Tout au cours de ce processus, on a pu dire d&rsquo;Alfred Ancel que \u00ab le g\u00e9nie dont il (a) fait preuve (a manifest\u00e9) un sens aigu de l&rsquo;adaptation \u00e0 des \u00e9volutions qui venaient de l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00bb. Il n&rsquo;en reste pas moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;\u00e9tait pas r\u00e9sign\u00e9 de bon c\u0153ur \u00e0 l&rsquo;abandon de l&rsquo;\u0153uvre premi\u00e8re du fondateur, puisqu&rsquo;il \u00e9crivait encore en 1954 : \u00ab Je ne me suis jamais consol\u00e9 de la disparition des \u0152uvres de la Premi\u00e8re Communion au Prado. \u00bb<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-f57bee2 elementor-widget elementor-widget-image\" data-id=\"f57bee2\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"image.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"345\" height=\"784\" src=\"https:\/\/leprado.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Alfred-Ancel-Expo-panneau-11-Jeunes-difficulte-2.jpg\" class=\"attachment-large size-large wp-image-5113\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/leprado.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Alfred-Ancel-Expo-panneau-11-Jeunes-difficulte-2.jpg 345w, https:\/\/leprado.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Alfred-Ancel-Expo-panneau-11-Jeunes-difficulte-2-132x300.jpg 132w\" sizes=\"(max-width: 345px) 100vw, 345px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De grands projetsOlivier de Berranger (Pages 111-117) Le Prado, fond\u00e9 Par Antoine Chevrier, comme une \u00ab&nbsp;Providence&nbsp;\u00bb dessin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation d&rsquo;adolescents priv\u00e9s d&rsquo;un minimum d&rsquo;instruction religieuse, et comme une p\u00e9pini\u00e8re d&rsquo;ap\u00f4tres pauvres, \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre une \u00e9volution consid\u00e9rable. 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