L’Université Catholique de Lyon (UCLy) et l’Association des Prêtres du Prado ont organisé un événement d’envergure les 19 et 20 mars 2025, mettant à l’honneur la figure de Mgr Alfred Ancel et la pensée théologique contemporaine. Ce colloque, qui a rassemblé chercheurs, prêtres, étudiants et laïcs de toutes générations, a été l’occasion d’approfondir l’héritage spirituel et pastoral de Mgr Ancel, évêque auxiliaire de Lyon et membre éminent du Prado. Une belle occasion pour certains participants de prendre connaissance de son engagement auprès des plus démunis et de sa participation active au Concile Vatican II, une réunion de tous les évêques du monde (1962-1965).
Une réflexion approfondie sur l’héritage de Mgr Alfred Ancel
Au cours de ces deux demi-journées, divers intervenants (historiens, théologiens, laïcs…) ont exploré la vie et l’œuvre de Mgr Ancel, soulignant son impact sur la mission de l’Église et l’actualité de son message.
Les débats et conférences sur le thème « Dans une société en profonde mutation, Mgr Alfred Ancel, évêque pradosien, apôtre du monde ouvrier, a-t-il encore quelque chose à nous dire ? » ont permis de mieux comprendre sa vision d’une Église proche des pauvres et engagée dans la transformation sociale et spirituelle.
Chaque intervenant a pu mettre en lumière à sa manière, la pertinence du message de Mgr Alfred Ancel. Les pères Christian Delorme et Bruno Bibollet, prêtres du Prado, ont ainsi témoigné de leur rencontre avec le père Alfred Ancel qui a marqué leur vie personnelle comme leur vie de prêtre.
Au programme du Colloque
Mercredi 19 mars 2025
14h : Mots d’accueil par Michel Younès (Doyen de la faculté de théologie, UCLy) et le père Guy Rougerie (Responsable de l’Institut des prêtres du Prado de France).
14h15 : L’apport particulier d’Alfred Ancel au concile Vatican II par Christian Sorrel (Professeur émérite – Université Lyon 2).UCLy · 2- COLLOQUE PRADO / FAC DE THEOLOGIE : L’apport particulier d’Alfred Ancel au concile Vatican II par Christian Sorrel
15h00 : Conversation avec le monde dans une société déchristianisée par Gauthier Bès de Berc (Cofondateur de la revue Limite) et Dominique Quinio (membre des Semaines sociales de France).UCLy · 3- COLLOQUE PRADO / FAC DE THEOLOGIE : Conversation avec le monde dans une société déchristianisée par Gauthier Bès de Berc
16h30 : Conversation avec le monde sous l’angle du dialogue interreligieux par Michel Younès (Professeur de théologie à l’UCLy) et le père Christian Delorme (Diocèse de Lyon et membre du Prado).
Jeudi 20 mars
9h00 : En-quête de pauvreté : essai d’une histoire socio-religieuse de la marge par Ellie Douska (Doctorante en histoire contemporaine – Université Jean Moulin Lyon 3 – LARHRA).
9h45 : Écho et récit de vie par le père Bruno Bibollet (Prêtre du Prado).
10h : L’option préférentielle, pertinence actuelle par Jacques-Benoit Rauscher (Maître de conférences à l’UCLy).
Conférence de Christoph Theobald – « Un Évêque Pradosien au concile Vatican II, l’apport spirituel et missionnaire de Mgr Alfred Ancel »
Le colloque a également été marqué par une conférence exceptionnelle de Christoph Theobald, Prêtre Jésuite, Théologien à la Faculté Loyola Paris qui s’est tenue le 19 mars 2025 à 18h15 à l’amphithéâtre Jean-Paul II. Spécialiste du Concile Vatican II et des dynamiques de transmission de la foi dans un monde en mutation, il a abordé les défis contemporains de l’Église à la lumière de l’héritage de Mgr Ancel. Par une exégèse de quelques textes conciliaires, il a mis en relation des formulations des discours « matriciels » prononcés par cet évêque et des formulations précises qui se lisent dans les textes de la Constitution Dogmatique « Lumen Gentium » 8.3 et de la Constitution pastorale « Gaudium et Spes ». Temps fort du Colloque, son intervention a permis d’éclairer les participants sur les enjeux d’une lecture renouvelée de l’apport évangélique, mystique et dogmatique de cet évêque pour un monde en mutation.
En-quête de pauvreté : essai d’une histoire socio-religieuse de la marge
Retour sur l’intervention d’Ellie Douska (Doctorante en histoire contemporaine – Université Jean Moulin Lyon 3 – LARHRA).
Prenant la trajectoire d’Alfred Ancel comme prétexte, cet exposé proposait d’interroger la notion de pauvreté, à travers un dialogue entre la théologie et les sciences sociales. Apparente évidence pour un institut dont le charisme fondateur y puise ses racines, la pauvreté s’avère complexe à cerner et à conceptualiser. Réalité fuyante, hétéroclite et ambivalente, la pauvreté est tout aussi cardinale pour le Prado qu’elle est centrale dans l’histoire de l’Eglise, en même temps qu’elle constitue un enjeu majeur pour les sociétés contemporaines dans lesquelles elle évolue. Dès lors, il ne s’agit pas d’opposer deux approches, mais de voir dans quelle mesure leur articulation permet de (re)penser un point de jonction.
Du manque de biens au manque de lien, les sciences sociales ont mis en évidence la nature multidimensionnelle et évolutive de la pauvreté, en tant que fait socialement construit et diversement manifesté en fonction des contextes historiques, culturels et civilisationnels. En termes sociologiques, la pauvreté désigne plus généralement la condition de celui qui se trouve dans une relation de dépendance à l’égard de la collectivité. Relégué dans un processus de transformation de ses rapports avec autrui, l’individu désigné comme « pauvre » se situe à la marge, dans un entre-deux souvent objet de stigmatisation. Cette approche de la pauvreté serait pourtant réductrice si elle faisait abstraction de la dimension symbolique et de l’imaginaire religieux qui imprègne ses représentations. La trajectoire d’Alfred Ancel – et, à travers elle, celle du Prado de par le monde – offre ainsi un observatoire pertinent pour aborder la pauvreté dans toute sa complexité, à la fois comme condition sociale et expérience vécue. Sans nier l’existence d’une pauvreté économique et sociale très concrète et non-désirable, Alfred Ancel déplace la focale d’une approche matérielle à une approche existentielle, symbolique et spirituelle. La pauvreté (évangélique) dont il se réclame n’est finalement autre chose que l’humanité de chacun en ce qu’il est conscient de son interdépendance perpétuelle envers autrui ; interdépendance qui découle du simple fait que l’homme n’est ni autosuffisant, ni omnipotent. Commune à tous mais propre à chacun, cette pauvreté se manifeste surtout et avant tout dans l’attitude intérieure de l’homme qui se place en situation d’avoir besoin d’un autre et de plus grand que soi. Il en résulte que cette pauvreté est en elle-même une quête perpétuelle : quête de soi, en soi et à travers le regard de l’autre.


Un moment de rencontre et de réflexion pour chacun
Le colloque s’est terminé par une table ronde axée sur 2 mots-clefs, dialogue (conversation avec le monde, un thème abordé dans la première partie) et pauvreté (développé par les intervenants de la deuxième partie).
Ce moment, animé par le père Luc Lalire (Prêtre du Prado, 1er Assistant du Prado Général), a permis des échanges entre témoins et dignes héritiers des pères Alfred Ancel et Antoine Chevrier. Les invités ont pu présenter à partir de leur expérience combien l’attention aux marges de nos sociétés révèlent l’urgence d’un dialogue à établir pour renouer les liens économiques, sociaux et spirituels indispensables à tous les êtres humains quels que soient leur place dans la société.
Mgr Ramzi Garmou (Archevêque émérite Chaldéen de Téhéran). Ordonné prêtre à Lyon par Mgr Alfred Ancel, il est aujourd’hui évêque oriental de rite chaldéen. Ayant vécu sa responsabilité à Téhéran dans les années de la révolution et jusqu’à récemment. Par son ministère de visiteur apostolique pour le Synode des Églises orientales auprès des Communautés chaldéennes dispersées en Europe entre 2013 et 2016, Mgr Ramzi Garmou se situe en observateur aux confins de mondes qui ont souvent de la peine à dialoguer. Comme prêtre du Prado, il a eu à cœur de vivre la spiritualité pradosienne attentive à la présence des pauvres dans toutes les sociétés.
Mme Françoise Imperi (Directrice générale du Prado éducation). Pour rappel, le Prado Éducation est une institution née du charisme du Père Chevrier qui a trouvé son point de départ historique en 1960 avec Mgr Alfred Ancel, qui créé « la providence du Prado ». Mgr Ancel est d’ailleurs également à l’origine de la distinction entre le « Prado Éducation » et le Prado comme « Famille spirituelle ». Aujourd’hui, le Prado Éducation est composé de 35 structures accueillant des jeunes et leur famille, implantées dans 5 départements (Rhône, Ain, Allier, Isère et Loire).
Mme Marion Veziant-Rolland (Directrice générale du « Foyer Notre-Dame des sans-abri »). L’histoire de cette institution essentiellement dédiée au logement a débuté grâce à M. Gabriel Rosset, un 23 décembre 1950… En région lyonnaise, le « Foyer Notre-Dame des sans-abris » regroupe à ce jour 55 structures ou missions sociales. 75 ans après la création du foyer, la question du logement reste toujours une urgence fortement liée à l’insertion des personnes marginalisées par la société.
Le mot de la fin a été prononcé par le père Armando Pasqualotto (Responsable général de l’Institut des prêtres et frères du Prado), qui a rappelé que « Mgr Alfred Ancel était un homme, un chrétien, un prêtre du diocèse de Lyon, un pradosien, un responsable général du Prado et un évêque ». Il a remercié Dieu pour ce cadeau, « un don pour les hommes et les femmes qui le reconnaissent, un don pour l’association des prêtres du Prado, la société de vie apostolique des sœurs du Prado et pour l’Institut féminin du Prado. Un don également pour d’autres héritiers comme le Prado éducation ainsi que la fraternité des diacres permanents et des laïques attachés à ce charisme. » Il a également remercié celles et ceux qui ont permis de (re)découvrir toutes les facettes de Mgr Alfred Ancel qui a fortement contribué à rassembler la famille spirituelle du Prado.

Son intervention a également été l’occasion de rappeler que le logo du Prado, qui symbolise la CRÈCHE, la CROIX et le TABERNACLE, nous permet de découvrir le Christ pauvre et de suivre son cheminement à partir du mystère de l’incarnation. « Nous pouvons suivre le Christ en montant avec lui sur la croix et ainsi grandir dans l’amour véritable vers Dieu et les hommes de ce monde à partir des plus pauvres. Que ce cheminement qui a guidé toute la vie du père Ancel soit aussi pour nous un don à demander, à découvrir et à vivre en fraternité. »
Finalement, cette question reste toujours d’actualité : « Comment la dimension mystique qui nous enracine au Christ de l’incarnation va nourrir et motiver la dimension apostolique d’un charisme qui veut servir le Christ dans le pauvre en se faisant pauvre ? »
Des pistes de réflexion à approfondir…
Cet événement qui témoigne de la pertinence et de l’actualité de l’œuvre de Mgr Ancel s’inscrit dans la continuité de la recherche académique et pastorale menée par l’UCLy et l’Association des Prêtres du Prado.
Dans une société en profonde mutation, Mgr Alfred Ancel, évêque pradosien, apôtre du monde ouvrier, a beaucoup à nous apprendre. Ces journées de dialogue ont d’ailleurs ouvert de nouvelles perspectives et pistes de réflexions qui, à la demande des participants, feront sans aucun doute l’objet de nouvelles conférences.
Ne manquez pas les autres rendez-vous organisés dans le cadre de l’année Mgr Alfred Ancel, qui témoignent tous d’un hommage vibrant à une figure marquante de l’Église du XXe siècle et d’un appel à poursuivre son engagement au service des plus fragiles.