Traduction de l’homélie du père Diego Martín Peñas – Messe de Pâques – Dimanche 5 avril 2026
La résurrection de Jésus est un cri de joie qui brise les ténèbres de notre nuit : « Alléluia, le Père a ressuscité Jésus ! ». La Parole de Dieu que nous venons d’entendre remplit notre cœur de joie et nous invite à réfléchir sur cet événement qui change l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, nous aussi, nous pouvons marcher avec le Ressuscité et, pour cela, je vous propose de cultiver certaines attitudes qui nous permettent de profiter de sa présence.
1. Contempler les signes de vie qui se manifestent autour de nous
Dans le récit évangélique de la Résurrection, il est question de nombreux signes de vie que les trois disciples qui se rendent au tombeau ont pu observer : la pierre déplacée, le tombeau vide, les linges étendus, le suaire enroulé… Les trois disciples ont goûté à l’amitié de Jésus, mais c’est le disciple « que Jésus aimait » qui est le premier à parvenir à la foi après avoir contemplé les signes.
Dans notre vie quotidienne, nous devons être attentifs aux signes de vie que le Seigneur nous offre : des personnes qui construisent la paix au milieu de situations de violence, des paroles d’encouragement et de réconfort face à la mort, la disponibilité à servir gratuitement dans un monde si égoïste, l’accueil chaleureux des pauvres au milieu de tant d’indifférence… Pour voir et savoir lire ces signes, nous devons cultiver l’expérience de l’amour de Jésus dans la prière. Et, en même temps, comme nous l’enseigne la grande mystique du siècle dernier, Madeleine Delbrêl, nous devons apprendre à percer la surface de la réalité pour trouver Dieu dans n’importe quelle situation, aussi petite soit-elle, de notre vie quotidienne.
2. Courir aux côtés des autres
Nous pouvons accéder au Ressuscité par la fraternité : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20). Il est curieux de voir comment Marie-Madeleine court à la recherche de Jésus et ne le trouve pas. Sa foi faible et « solitaire » l’amène à interpréter superficiellement le signe de la pierre déplacée : on a volé le corps de Jésus et on ne sait pas où il est.
Les deux autres disciples courent ensemble, chacun à son rythme. Ils arrivent au tombeau, regardent, et Jean, le disciple bien-aimé, finit par croire : « il a vu et il a cru ». Aujourd’hui, nous devons lutter contre l’individualisme qui envahit notre culture et nous rend incapables de vivre en fraternité. La vie avec les autres n’est pas facile et comporte une dimension de croix, mais c’est à cela que nous sommes appelés en tant qu’enfants du même Père. La fraternité est à la fois une condition préalable et un don de l’expérience du mystère pascal.
3. Nous laisser nourrir par Jésus
Tout comme les premiers disciples, nous sommes aujourd’hui appelés à « manger et à boire avec Jésus après la Résurrection ». L’Eucharistie est le lieu où nous rencontrons réellement Jésus ressuscité. Le pain et le vin nous sont donnés comme nourriture afin que nous puissions vivre dans le monde comme signe de sa présence aimante. Dans l’Eucharistie, Jésus nous transforme en lui, il fait de nous du « bon pain » pour nourrir la vie de ceux qui nous entourent.
Celui qui a rencontré le Ressuscité dans l’Eucharistie fait de ce sacrement le centre de sa vie, il désire de toute son âme y participer pour jouir de l’amour donné par celui qu’il aime. Celui qui a fait cette expérience compte les heures et les minutes qui le séparent du prochain repas avec Jésus et ses frères. Thérèse d’Avila désirait ardemment l’Eucharistie car en elle, elle voit le Christ qui entre dans sa vie et la transforme : « À peine ayant communié, elle se représentait si bien le Seigneur de cette auberge, que son âme semblait toute déchirée, se consumant en Christ » (Vie 18,8).
4. Entrer dans les sépulcres creusés par l’injustice
Nous pouvons appeler « tombeau », au sens métaphorique, les conditions de vie que traversent de nombreux frères et qui brouillent ou font disparaître leur dignité. Nous sommes tous conscients de ces situations de pauvreté évoquées par Léon XIV dans sa récente exhortation : « Celle de ceux qui n’ont pas de moyens de subsistance matérielle, la pauvreté de celui qui est socialement marginalisé et n’a pas les moyens de faire entendre sa dignité et ses capacités, la pauvreté morale et spirituelle, la pauvreté culturelle, celle de celui qui se trouve dans une condition de faiblesse ou de fragilité personnelle ou sociale, la pauvreté de celui qui n’a ni droits, ni espace, ni liberté » (Dilexi te 9).
Entrer dans les « sépulcres » suppose de partager la vie des pauvres pour collaborer avec eux sur le chemin qui les mène à surmonter les injustices qui défigurent leur visage et, en même temps, d’être pour eux des témoins du Ressuscité, qui est celui qui restaure en chaque personne la véritable dignité qui consiste à être à l’image et à la ressemblance du Créateur, à être son enfant bien-aimé.
Diego Martín Peñas
Prêtre du Prado (Diocèse d’Ávila)
Responsable Général de l’Association des prêtres et laïcs consacrés du Prado (Mandat 2025-2031)