Le Père Chevrier, une grâce faite à l’Église

L’ARBRE DE VIE – Chapelle du Prado (9, rue Père Chevrier – Lyon 7)
Oeuvre d’André Vermare (1930 – Buste) & Alain Dumas (2023 – Arbre bois d’acacia).
Buste et urne reliquaire contenant le cœur du Bx Antoine Chevrier en marbre. 

I. Antoine Chevrier, une figure de missionnaire diocésain

C’est la première chose que l’on peut souligner au sujet du Bienheureux Antoine Chevrier.

  • Déjà, il portait cette aspiration missionnaire comme tout jeune prêtre diocésain à 24 ans, fraichement ordonné en 1850 : il accepte avec joie de « traverser le pont », pour être nommé de l’autre côté du Rhône, sur la commune de La Guillotière qui n’appartenait pas encore à la ville de Lyon.
    C’était juste en face de son quartier natal, mais pourtant dans un tout autre monde ! Car accepter d’être nommé là, c’était accepter de se retrouver dans un contexte ecclésial et humain très difficile, très éloigné en tout cas des facilités de vie et de ministère offertes aux prêtres à cette époque, dans la plupart des autres paroisses lyonnaises.
    L’un de ses confrères de séminaire avait d’ailleurs refusé cette nomination, qu’il jugeait trop difficile. Antoine Chevrier dit au contraire sa joie d’y aller, répétant à qui veut l’entendre : « il y a du bien à faire partout ! » (Je crois que pour beaucoup de prêtres du Prado, cette phrase du Père Chevrier leur sert assez souvent de boussole, au moment de leurs changements de nomination … pour accepter d’aller même dans des quartiers ou dans des paroisses, qui n’ont pas toujours beaucoup de facilités et de ressources pastorales).

  • Il faut dire aussi qu’à la fin de son séminaire, Antoine Chevrier avait entrepris des démarches pour rejoindre les Missions Etrangères de Paris, rêvant de partir au loin annoncer le Christ. Cela n’avait pas pu se faire pour lui, notamment en raison d’une constitution physique jugée trop fragile… et aussi, il faut bien le dire, par l’opposition violente de sa mère, qui ayant appris incidemment ces démarches, lui fait une scène mémorable et lui dit vertement : « des sauvages, il y en a suffisamment à Lyon ! ». Et finalement, on peut dire que la mère Chevrier avait assez bien vu les choses, même si on n’est pas obligé de partager son expression de « sauvages » : son fils Antoine va être un véritable missionnaire ici, en France, auprès d’une population qui se trouvait déjà à distance de la vie de l’Eglise.

    En effet, dans le quartier de la Guillotière, les habitants ne se trouvaient pas seulement submergés par la misère matérielle. Mais il est évident que cette misère-là entrainait son lot de misère morale (violence, délinquance, prostitution, …) qui rejaillissait jusque sur les enfants et les jeunes, en même temps qu’un appauvrissement spirituel et culturel.

    Antoine Chevrier ne parle d’ailleurs pas seulement des « pauvres ». Il parle assez souvent des « pauvres » (= misère matérielle), des « pécheurs » (= misère morale) et des « ignorants » (= misère spirituelle et culturelle). De fait, en arrivant là, beaucoup se retrouvaient déracinés de leurs origines rurales chrétiennes et entraînés de par leurs nouvelles conditions d’existence et surtout de travail à s’éloigner d’une pratique religieuse assidue. D’autant que cette rive gauche du Rhône, avec ses usines, était alors aussi traversée par toutes sortes de courants anti-cléricaux, libre-penseurs et révolutionnaires …  Déjà, Antoine Chevrier regrettait le peu de fréquentation de l’Eglise des habitants de la Guillotière et le peu d’enfants au catéchisme. Il s’est beaucoup dépensé pendant 6 ans comme simple vicaire pour essayer de remédier à cet état de fait… Mais cela ne donnait pas beaucoup de résultats. Jusqu’à ce qu’il vive une expérience lumineuse, une illumination de foi, qui lui a fait prendre une toute nouvelle orientation : lui-même parle de sa « conversion » !

  • Une grâce de conversion personnelle : Comme prêtre diocésain en paroisse, l’abbé Chevrier s’est senti appelé à modifier profondément sa manière d’être prêtre, en se convertissant plus radicalement à Jésus-Christ. Il était déjà un très bon prêtre ! Il faisait très bien, et même au-delà avec beaucoup de générosité, tout ce qu’il avait à faire. Mais dans la nuit de noël 1856, on peut dire qu’il a compris deux choses bouleversantes sur le Christ, comme sans doute jamais auparavant :
    • la divinité de Jésus-Christ (et le mouvement du Verbe de Dieu vers nous)
    • la kenose, l’abaissement du Verbe (sa manière de venir vers nous)


Devant la crèche, l’abbé Chevrier comprend comme sans doute jamais auparavant, non seulement « qui est vraiment Jésus-Christ ? », mais aussi « comment il l’est ? ».

Crèche du Père Antoine Chevrier (Chapelle du Prado - 9 Rue Père Chevrier – Lyon 7)

1) La 1ère lumière ou joie

Cette nuit-là, Antoine Chevrier comprend comme jamais que Jésus-Christ est effectivement le Verbe de Dieu. Il repense au Prologue de St Jean et il le médite profondément, en contemplant l’enfant-Jésus. Il regarde Jésus-Christ, le Verbe qui vient de Dieu.

Jésus de Nazareth est la 2e personne de la Trinité ! C’est Dieu lui-même, venu dans la chair de notre humanité et qui s’est déplacé à la rencontre des hommes ; c’est le Verbe éternel de Dieu descendu de son Ciel, pour marcher sur la terre à la manière des hommes.

Alors, Antoine Chevrier comprend mieux que Dieu est « sorti », qu’il s’est mis en mouvement vers nous. Et cela, sans avoir peur de s’abaisser jusqu’à nous (ce qu’on appelle la kénose). Or voici la conséquence : ce n’est plus seulement aux hommes à se tourner vers Dieu, mais c’est Dieu en personne qui, non seulement « se dérange », mais qui « s’humilie » pour venir vers nous (qui prend notre humus).

>>> On comprend alors pourquoi Antoine Chevrier va lui aussi vouloir « aller vivre au milieu des gens » de son quartier, en sortant du confort un peu bourgeois de son presbytère de St André, où il était vicaire depuis 6 ans. « J’irai au milieu d’eux, je vivrai de leur vie ; ces enfants verront de près ce qu’est le prêtre et je leur donnerai la foi. »

2) Mais ce n’est pas tout !

Car devant la Crèche, ce que comprend Antoine Chevrier au sujet de Jésus va encore plus loin. On pourrait dire que ce soir-là, Antoine Chevrier ne regarde pas seulement l’Enfant-Jésus… Il regarde aussi la paille de la crèche. Alors, il est touché par la manière dont ce Verbe est venu. L’Esprit Saint lui fait comprendre ce soir là – comme sans doute jamais auparavant – que pour venir jusqu’à nous, le Verbe divin a véritablement choisi et décidé de venir dans la pauvreté, comme un pauvre ! Sa pauvreté n’est donc pas un hasard, ni un aléa historique : c’est un choix divin !

>>> C’est pourquoi Antoine Chevrier se décide en lui-même cette nuit-là à prendre le même chemin. C’est le sens de son expression : « Suivre Jésus de plus près ». Comme St François d’Assise, Antoine Chevrier décide de vivre en quelque sorte le même mouvement d’appauvrissement, le même abaissement, le même dépouillement (la même kénose) que le Verbe de Dieu ! Dès ce moment, il décide de chercher à vivre plus simplement et plus pauvrement, comme Jésus. Et ce sera pour lui le début d’un chemin de dépouillement à la fois extérieur (dans des réalités matérielles bien concrètes : colonne de gauche sur le tableau de St Fons) et intérieur (humilité, modestie, renoncer à soi-même… : colonne de droite).
Tableau de Saint-Fons du Père Antoine Chevrier

Mais je veux vraiment insister sur la dimension missionnaire (ou apostolique) de cette conversion. En effet, si Antoine Chevrier se décide à vivre plus simplement et plus pauvrement, c’est pour être plus crédible et plus efficace, spécialement auprès des pauvres et de ceux loin de l’Eglise.

Cela signifie que la recherche de simplicité et de pauvreté du Père Chevrier n’était pas d’abord pour lui-même, pour travailler sur sa personne, en faisant des efforts d’ascétisme… Ou bien, pour le dire autrement, son chemin de sainteté n’est pas motivé par un simple désir de « développement personnel ». Non. Mais c’était pour être plus crédible ou plus « efficace » à la manière de Jésus-Christ.

Il se dit en quelque sorte : « si Jésus-Christ s’y est pris de cette manière-là, alors il me faut faire pareil ! » ; « Pour annoncer la Bonne Nouvelle, il n’y aura jamais d’autres moyens plus efficaces que ceux que le Verbe a choisis. » Autrement dit, pour évangéliser vraiment, pour être un véritable disciple et un véritable Apôtre de Jésus-Christ (disciple-missionnaire), il faut prendre les mêmes moyens que lui : la crèche, la croix et la charité.

Et d’ailleurs, c’est bien ce que Jésus nous a dit, dans l’évangile de Luc 9,23 : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive ».

Aujourd’hui, on a certainement encore à s’interroger là-dessus en Eglise : il est de bon ton de dire que pour annoncer l’évangile aujourd’hui, pour être efficace, il faut savoir utiliser les techniques de communication et de management qui correspondent à notre monde moderne …  Pourquoi pas ? Il faut sans doute le faire… Mais je crois que l’on peut quand même se poser deux questions :

  1. Est-on sûr que ces choix-là ne correspondent pas finalement plutôt à notre univers culturel actuel, voire de certains milieux qui sont plus à l’aise, plus habitués et plus sensibles à tous ces moyens ? Ne risquons-nous pas alors d’oublier d’évangéliser d’autres populations, pour qui l’attraction et la crédibilité reposent sur d’autres choses ?  Par exemple : du côté de la simplicité relationnelle directe, de la possibilité de pouvoir parler et être écouté comme on est, avec ses défauts, et avec respect.
    On pourrait dire que dans la nuit de Noël 1856, Antoine Chevrier a pris conscience que pour annoncer l’évangile, on ne pourra jamais le faire à la manière du monde, dans un pur activisme (lui, qui avait été si généreux et dévoué dans ses premières années de ministère, mais en s’appuyant sans doute plus ses propres forces que sur Dieu).
    Mais on doit évangéliser avant tout par la mise en pratique des « vertus » évangéliques, c’est-à-dire en se convertissant à la manière d’être du Christ et dans la pauvreté :
    « Les religieux observent les conseils évangéliques, pourquoi les prêtres séculiers ne les observeraient-ils pas ? (…) Est-ce que, dans le ministère, les prêtres ne doivent pas se rapprocher de Jésus Christ aussi bien que les autres ? Et même, ne le doivent-ils pas encore davantage, eux qui sont au milieu du monde et qui doivent porter partout la bonne odeur de Jésus Christ et être la vivante lumière qui doit briller au milieu des hommes ? » (Antoine CHEVRIER, Le Véritable Disciple, p. 121)
  2. Et surtout, 2ème question : Que faisons-nous aujourd’hui du choix divin de la simplicité, de la pauvreté et de l’humilité ? Que faisons-nous à l’heure actuelle dans l’Eglise de ce choix du Verbe de Dieu, contemplé par St François d’Assise et le Père Chevrier ? Le Verbe éternel qui a choisi de s’abaisser et de se laisser contempler en premier par des bergers, de venir au plus bas, pour être sûr de n’en oublier aucun… pas par désintérêt ou par mépris envers les autres, mais pour être sûr d’en n’oublier aucun ?
    Cf. Pape François : « je désir une Eglise pauvre pour les pauvres ».

En tout cas, Antoine Chevrier a perçu l’importance de la pauvreté et de la simplicité pour être un témoin crédible. Une pauvreté, une simplicité, qui n’est pas seulement intérieure, ni seulement extérieure. Mais qui touche à la fois à l’intérieur et à l’extérieur.

A une époque où, dans les séminaires en France, on enseignait volontiers aux futurs prêtres « les bonnes manières », à « tenir leur rang », à « ne pas salir leur soutane, ni leurs mains », le Père Chevrier a compris que, dans la pauvreté, dans la simplicité, il y a une véritable force apostolique, parce que c’est la manière dont Dieu lui-même s’y est pris en nous envoyant son Fils. « Exemplum dedi vobis ».

Alors aujourd’hui ? Comment pouvons-nous entendre encore cette invitation à l’humilité de la crèche, à nous simplifier pour être plus crédibles et efficaces ?


L’appel à l’humilité

N’y-a-t-il pas cet enjeu missionnaire, dans la crise de confiance et de crédibilité qui touche notre Eglise ces temps-ci ? Comment regagner la confiance de ceux et celles à qui Dieu nous envoie, et qui peuvent douter de la sincérité de l’Eglise ? Par quelles attitudes regagner leur confiance ? Qu’est-ce qui, en nous, va toucher le cœur des gens, parce qu’ils y reconnaitront quelque chose de notre Maître et de leur Maître : Jésus-Christ ?

 

L’appel à vivre plus simplement, à « aller en retranchant »

Je crois que c’est un autre enjeu missionnaire très actuel aujourd’hui. Comme chrétiens, comme prêtres, est-ce que nous n’avons pas également à mieux témoigner dans la chair de notre existence de la joie d’une vie sobre et simple, au milieu d’une société qui donne encore à beaucoup de gens l’illusion d’un bonheur par le « toujours plus » ? Non seulement dans vie personnelle, mais aussi dans notre pastorale, dans notre style social ? N’avons-nous pas quelque chose à révéler, qui pourrait être particulièrement entendu aujourd’hui par pas mal de gens : une « Bonne Nouvelle de la simplicité », qui vient contrecarrer une certaine vision « mondaine » du bonheur ou de l’efficacité …

En tout cas, les lumières de foi qu’Antoine Chevrier a reçues devant l’enfant de la Crèche l’ont décidé – d’une manière plutôt audacieuse – à vouloir vivre lui-même le même mouvement de dépouillement que le Verbe fait chair (kénose) et ceci dans une dynamique apostolique ou missionnaire.

N.B. : Or cette manière de faire a été fructueuse ! Plus de 300 prêtres de Lyon et une 15e de curés et chanoines ont assisté aux funérailles du Père Chevrier le 6 octobre 1879 et surtout qu’il y avait presque 50 000 autres personnes présentes dans les rues, entre l’église St Louis et la chapelle du Prado pour voir passer son cercueil (dont 10 000 qui suivaient le cortège, selon les journaux Le Progrès et Le Nouvelliste). C’est significatif et c’est fou ! Cela dit bien quelque chose du rayonnement de la sainteté d’Antoine Chevrier, car lui, n’avait pas pu bénéficier de tout le battage médiatique et commercial d’un Johnny Halliday ! C’était surtout des ouvriers et des gens qui ne venaient pas beaucoup dans les églises, mais également de nombreux lyonnais provenant soit de la paroisse du Moulin à vent, soit « du bon côté du Rhône » et sans doute encore de beaucoup plus loin !

Obsèques Bx Antoine Chevrier
Photo extraite de la vidéo du compte Instagram @Christinfluence

Donc pour résumer : voilà un prêtre diocésain, qui vit un profond élan missionnaire. Il a vécu pleinement cet élan missionnaire, tout en restant pleinement prêtre diocésain.  Et je crois qu’il faut souligner deux aspects qui ont fait de lui, progressivement, un véritable prêtre missionnaire :

1/ Il a su comprendre de mieux en mieux la situation réelle des gens :

C’est dans l’exercice-même de son ministère diocésain que son Peuple lui a permis de devenir vraiment un « bon pasteur ». A la lecture de ses premiers sermons sur le quartier, comme jeune vicaire, on constate qu’il est passé peu à peu d’une critique un peu sévère sur la faiblesse religieuse des gens de La Guillotière, à une compréhension réaliste de leurs conditions de vie. Ainsi, au fur et à mesure qu’il avait commencé à visiter les habitants chez eux, il a pris davantage la mesure des réalités de vie concrète de ces gens (leurs conditions d’existence, l’ampleur de leurs horaires de travail, leur fatigue, mais aussi leurs richesses de vie familiales et sociales…). Une grave inondation du quartier au printemps 1856 va lui permettre d’encore mieux les connaître et d’être également mieux connu par beaucoup d’entre eux.


2/ Il a même su aller jusqu’à admirer leur vie, et parfois leur foi :

Son jugement s’est affiné au contact de ces soi-disant « sauvages » de la Guillotière, dans le sens d’une compassion grandissante et même, d’une certaine admiration concernant le sens de la foi de beaucoup d’entre eux. Il s’est « inculturé », comme on dit aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il a su apprendre à les connaitre vraiment, il a su découvrir la valeur de leurs vies et de leur culture, en dépassant ses jugements négatifs du début.

Il est parfois allé jusqu’à les donner en exemple à ses futurs prêtres :

  • « Les maçons travaillent bien tout le jour, les charpentiers, les menuisiers, les cultivateurs, les tailleurs, etc… Tous ces gens-là travaillent tout le jour et même quelquefois la nuit, pour gagner leur vie et celle de leurs enfants, et le prêtre aura donc un sort plus doux que les autres, lui qui a un emploi bien plus élevé que ceux-ci ? (…) Un travail si important pour lui et pour les autres ? »
  • « Dieu a mis dans certaines âmes un sens spirituel et pratique qui renferme plus de bon sens et d’esprit de Dieu qu’il y en a dans la tête des plus grands savants. Témoins, certains bons paysans, quelques bons ouvriers, quelques bonnes ouvrières, femmes qui comprennent de suite les choses de Dieu et savent mieux les expliquer que bien d’autres. » (VD, p.218)

 

Cette « inculturation » demeurera toujours indispensable, pour devenir un missionnaire vraiment authentique.


II. Le charisme du Prado est un bien de toute l’Eglise pour la mission de l’Eglise

Au-delà de sa personne, ce qu’Antoine Chevrier a reçu de Dieu a été reconnu par l’Eglise comme un véritable charisme … un charisme de l’Eglise et pour l’Eglise. Je soulignerai volontiers 4 aspects du charisme pradosien, qui peuvent selon moi faire partie du trésor de l’Eglise :

  • C’est un charisme capable de sans cesse réveiller un véritable élan missionnaire dans l’Eglise.
    La grâce du Père Chevrier peut réveiller en nous le goût, le désir et la passion pour vouloir donner à tous la Vie de Dieu dans le Christ. Ne jamais nous résigner à penser que cette vie serait réservée à quelques-uns. Ne pas choisir d’aller seulement là où c’est le plus facile, le plus confortable, le plus équipé humainement et pastoralement. Ni là où les gens sont les plus gentils avec l’Eglise.
  • C’est un charisme qui peut aider l’Eglise à rester une Eglise « multitudiniste », pour la multitude, et non pas une Eglise pour un « petit reste de parfaits », repliée sur elle-même.
  • C’est un charisme qui peut aider à former de véritables disciples-missionnaires à partir de l’évangile.
    Par exemple, à propos de « la Croix et de la souffrance », qui ose en parler ? Antoine Chevrier ne fait pas l’éloge de la souffrance. Mais il ne la nie pas non plus. Chez lui, il n’y a pas de déni du réel. C’est un spirituel réaliste. Et c’est un formateur qui a les pieds sur terre…
    Aujourd’hui, comment pourrions-nous prétendre former des « disciples-missionnaires », sans les préparer à vivre également « la Croix » ? Ce serait irresponsable et ce n’est pas comme cela que Jésus a formé ses disciples : il les a avertis et préparés. Antoine Chevrier l’a vu dans l’évangile et il n’a pas peur d’aborder ce sujet difficile ; la question qui l’intéresse c’est de savoir : « quand la croix se présente, comment peut-elle devenir un chemin de Vie ? Quel exemple nous a laissé Jésus-Christ ? »
    Sa grâce, c’est qu’il n’aborde aucun sujet par un enseignement théorique : il part toujours de l’évangile, car il vise à former d’ « autres Christs » et non pas de simples théoriciens ou « VRP de la foi ».
  • C’est un charisme qui peut aider l’Eglise à être plus crédible en pratiquant la simplicité et l’humilité.
    La grâce du Prado nous rappelle que l’on n’est jamais témoin efficace du Christ par la grandeur, le grandiose, la superbe, mais par une authentique présence aux hommes, pauvre et humble. Il faut que l’Eglise et les chrétiens deviennent à l’image du signe eucharistique lui-même.
  • C’est un charisme qui peut aider les prêtres diocésains (y compris fidei donum !) à ne pas perdre leur identité séculière ou diocésaine.
    Qu’est-ce qu’être un prêtre diocésain ? Ce n’est pas seulement être rattaché hiérarchiquement à un évêque, ni géographiquement à une circonscription de l’Eglise catholique. C’est beaucoup plus riche que cela !
    Etre diocésain, c’est être envoyé à toute une population, bien au-delà de ceux et celles qui se rassemblent dans les églises. Un prêtre diocésain, c’est un prêtre séculier, « dans le siècle », c’est-à-dire en plein monde. Ce monde tel qu’il est et qu’il s’agit de rejoindre au nom de Dieu, car il veut n’en laisser aucun au bord du chemin.
    Le charisme du Prado peut nous aider en Eglise à toujours rester « préoccupés et occupés », non seulement de la bonne marche de nos communautés paroissiales, mais aussi des autres « brebis » qui ne sont pas rassemblées, celles qui sont en plein monde.
    Un prêtre diocésain missionnaire ne peut pas se contenter de bien s’occuper de sa paroisse. Il doit « sortir », pour chercher à aimer et à soigner tous les hommes que Dieu cherche ; et il doit s’intéresser aux questions qui touchent à la bonne marche du monde des hommes, avec ses pauvretés et ses richesses.


P. Philippe BRUNEL
Pèlerinage des prêtres sur les pas d’Antoine Chevrier
(Nov.2019)

Chevrier-croix

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