« Un ministère axé sur la fonctionnalité perd la fécondité de la grâce », affirme le Supérieur général des Prêtres du Prado

Photo : Père Diego Martín Peñas, Supérieur général de l’Institut des prêtres et laïcs consacrés du Prado

Interview du Père Diego Martín Peñas, Supérieur général de l’Institut des prêtres et laïcs consacrés du Prado, présent à l’Assemblée du Prado Portugal qui se tient à Angra du lundi 13 au jeudi 16 avril 2006. Deux nouveaux prêtres s’engageront temporairement auprès de l’Institut.

L’identité sacerdotale est aujourd’hui confrontée à divers défis profonds qui mettent à l’épreuve son authenticité et sa cohérence, estime le Supérieur général des prêtres du Prado, le père Diego Martín Peñas.

Le premier défi « naît au plus profond du prêtre lui-même, lorsqu’il perd le Christ comme centre et qu’une division s’installe entre sa vie et son ministère. Dans ce cas, on court le risque de tomber dans un ministère de nature fonctionnelle (…) qui perd la fécondité de la grâce », rendant l’action pastorale efficace uniquement d’un point de vue humain, mais spirituellement stérile, affirme le prêtre qui accompagne l’Assemblée générale du Prado Portugal, qui se tient jusqu’à jeudi à Angra do Heroísmo.

Le prêtre espagnol, originaire d’Ávila est depuis le 8 juillet 2025 à la tête de cet Institut séculier de prêtres fondé par le bienheureux Antoine Chevrier (1826-1879), du diocèse de Lyon, en France. Le fondateur de cet Institut a lancé une petite œuvre d’évangélisation des pauvres dans une salle de bal de mauvaise réputation appelée « Le Prado ». Le Père Diego évoque le contexte ecclésial actuel, notamment avec la redécouverte de la synodalité, qui peut donner lieu à des interprétations déséquilibrées : d’une part, la dilution de l’identité sacerdotale ; d’autre part, la résurgence d’attitudes cléricales qui renforcent une vision du pouvoir.

La réponse proposée passe par la redécouverte de la conscience du service, car « la raison même de l’existence du prêtre réside dans le service de Jésus-Christ et dans le service de toute l’Église », souligne-t-il.

« Il s’agit de vivre dans l’équilibre, en se reconnaissant comme un frère parmi les frères, mais aussi comme un signe spécifique du Christ au sein de la communauté, en assumant avec simplicité sa propre vocation », ajoute-t-il.

La société sécularisée constitue également un défi important. Dans un environnement marqué par une « aridité spirituelle », le prêtre peut se laisser influencer négativement ou au contraire, devenir témoin d’une relation vivante avec Dieu. C’est dans ce contexte que se réaffirme sa vocation d’homme de prière et de maître de prière, quelqu’un qui, par sa propre expérience, aide les autres à découvrir la présence de Dieu dans leur vie et à s’ouvrir à un chemin de foi plus profond.

Dans ce contexte, la spiritualité du Prado prend une force particulière dans sa relation avec les pauvres, qui occupent une place centrale non seulement en tant que destinataires de la mission, mais aussi en tant que véritable lieu de rencontre avec le Christ. Comme l’affirme le père Martin Peñas, « les pauvres sont au centre parce qu’ils sont pour nous un signe de la présence de Jésus-Christ », « des maîtres de l’Évangile ».

L’idéal proposé et bien exprimé par le fondateur – « des prêtres pauvres pour les pauvres » –, est exigeant et profondément évangélique : « être pauvre comme Jésus pour évangéliser les pauvres ». Cette proposition implique une identification concrète à leur condition, car « une personne pauvre a plus facilement accès aux plus pauvres parmi les pauvres ».

Ce qui peut sembler être un jeu de mots a une portée évangélique sans précédent. Il ne s’agit pas seulement de pratiquer des gestes de charité, mais de vivre une véritable communion, en partageant l’Évangile dans une relation de réciprocité. Les pauvres ne sont pas seulement des destinataires, mais des sujets actifs de cet échange, car ils offrent « l’Évangile vécu », tandis que le prêtre apporte « l’Évangile prêché ». Ainsi, « la mission devient une rencontre transformatrice, où les deux parties sont évangélisées », souligne le responsable.

C’est pourquoi la mission du prêtre en tant que signe d’espérance est présentée comme un témoignage qui jaillit de la vie même. Avant tout, il faut « glorifier le Christ », c’est-à-dire rendre témoignage de Lui au quotidien, en laissant sa propre vie parler de manière authentique.

« Que nos vies, remises entre ses mains, parlent pour nous » — cette expression résume la force d’un témoignage silencieux, souvent plus éloquent que n’importe quel discours, rappelle-t-il.

L’espérance naît de la Parole de Dieu, car « c’est la Parole du Seigneur qui engendre l’espérance, et c’est cela que nous devons offrir ».

Dans un monde marqué par les incertitudes, dit-il, le prêtre est appelé à être porteur de cette espérance, non seulement par la parole, mais surtout par une vie cohérente, simple et profondément enracinée dans le Christ.

L’image finale résume de manière expressive toute cette vision : « Placez un prêtre saint dans une église en bois, ouverte aux quatre vents. Il attirera et convertira plus de personnes (…) qu’un autre prêtre dans une église d’or ». Cette affirmation met en évidence la conviction que ce ne sont pas les moyens extérieurs qui garantissent la fécondité de la mission, mais l’authenticité d’une vie configurée au Christ, vécue dans la simplicité, la pauvreté et l’amour.

C’est à la lumière de cette vision que l’on comprend plus profondément la proposition spirituelle du Prado. La spiritualité du prêtre diocésain selon le Prado, se présente comme une proposition profondément centrée sur la personne de Jésus-Christ, qui constitue le noyau essentiel de toute la vie et de la mission sacerdotale. Il ne s’agit pas seulement d’une référence théorique, mais d’un véritable chemin de configuration existentielle avec le Christ, vécu au quotidien.

Comme le souligne le Supérieur général des prêtres du Prado, le prêtre est appelé à « se conformer à Lui quotidiennement, en étant pauvre comme Lui dans la crèche, en mourant à soi-même comme Lui sur la croix et en devenant bon pain pour la nourriture des autres comme Lui dans l’Eucharistie ». Cette centralité transforme radicalement l’identité du prêtre, qui se définit avant tout comme disciple, car « le prêtre est, avant tout, un véritable disciple, un disciple de Jésus-Christ ».

En ce sens, connaître et aimer le Christ devient la priorité absolue de sa vie, et il est clairement affirmé que « l’étude de l’Évangile est notre tâche quotidienne ». La relation avec le Christ n’est pas possible sans l’action de l’Esprit, qui révèle la présence du Seigneur tant dans la Parole que dans la vie concrète, en particulier dans la vie des pauvres, où l’on reconnaît le Ressuscité.

Le charisme du Prado, bien qu’entièrement inséré dans la vie diocésaine, apporte une contribution spécifique en rappelant constamment la centralité du Christ et la nécessité de le connaître dans la Parole, dans l’Eucharistie et chez les pauvres. Il s’agit d’une présence humble au milieu des autres prêtres, marquée par le désir de renforcer la fraternité sacerdotale et de maintenir vivante la conscience que « les pauvres doivent être les principaux destinataires de notre mission évangélisatrice ». On ne revendique aucune spécialisation, mais plutôt un mode de vie qui insiste sur l’essentiel de l’Évangile.

La réflexion développée par le prêtre du Prado, dans cette interview accordée au site Igreja Açores, dans le cadre de sa participation à la grande réunion des Pères du Prado portugais, insiste également sur la nécessité de dépasser la séparation, historiquement vécue, entre spiritualité et mission pastorale. Pendant longtemps, ces dimensions ont été considérées comme distinctes, voire opposées, ce qui a conduit à des formes de spiritualité déconnectées de la réalité ou à des pratiques pastorales vides de profondeur. La proposition actuelle est claire : « ces deux dimensions, spiritualité et ministère pastoral, doivent être vécues ensemble dans l’identité sacerdotale ». La prière n’est pas un moment à part, mais déjà une action missionnaire, car « lorsque le prêtre prie, il est déjà missionnaire », et il est encore souligné que « la prière fait partie de la mission ; elle est le commencement de la mission du prêtre ». Ainsi, la spiritualité donne un sens au ministère, tandis que le ministère concrétise et façonne la spiritualité, dans une synthèse qui exprime la profondeur et l’exigence du sacerdoce vécu selon l’Évangile.

La réunion du Prado s’achève vendredi et, au cours des travaux, le nouveau coordinateur sera élu.


Traduction de l’article du 13/04/2026 mis en ligne en portugais sur
Igraja Açores
Merci au P. Joseph Nikiema pour sa relecture.

Voir aussi l’article (en portugais) du 11/04/2026 –  L’assemblée nationale du Prado se tient à Angra – Assembleia nacional do Prado realiza-se em Angra – Igreja Açores