« Bienheureux Antoine Chevrier : Suivre Jésus pauvre »
Le curé d’Ars et l’apôtre de la Guillotière
Jean-Marie Vianney (1786-1859), est curé d’Ars de depuis 1817. Antoine Chevrier (1826-1879), fonde le Prado en 1860.
1857, la rencontre avec le curé d’Ars
Dans les premiers mois de 1857, le père Chevrier va à Ars pour consulter celui dont la réputation de sainteté est déjà répandue.
Témoignage de Mlle de Marguerye : « J’accompagnais à Ars le Père Chevrier. De l’église au château, il m’entretint des encouragements qu’il avait reçus du vénéré curé d’Ars pour suivre ses vues ».
Le Père Chevrier lui rapporte alors la parole du saint Curé d’Ars : « Dieu veut votre œuvre, mais avant, beaucoup de difficultés »[1]
Le Père Chevrier envoie souvent certaines personnes faire le pèlerinage d’Ars.
À la suite de cette rencontre, le Curé d’Ars se réfère au Père Chevrier et indique à une de ses visiteuses : « Je vais un jour à Ars, en 1857, voir le bon curé. Il me dit alors : Vous irez maintenant trouver Monsieur Chevrier, au lieu de venir chez moi. C’est mon fils, Monsieur Chevrier, je l’aime bien ; si vous lui obéissez, il vous conduira dans le bon chemin. »[2]
[1] Récit de l’abbé Claude Ardaine, voir : Procès de béatification, témoignage de Mlle de Marguerye (Art. 21).
[2] Procès de béatification, témoignage de Françoise Chapuis, int. 7. Cf. aussi art. 321.
Points communs entre le Père Chevrier et le curé d’Ars : tous deux appartiennent au « Tiers-ordre » franciscain et ils ont pour confesseurs des capucins du Couvent des Brotteaux à Lyon.
- Le Curé d’Ars fonde une Providence pour accueillir des jeunes filles de la campagne ;
- Le Père Chevrier fonde le Prado pour catéchiser les jeunes de la Guillotière ;
- Entre le curé d’un petit village et le catéchiste d’un quartier populaire, le style, la méthode, les préoccupations apostoliques sont forcément très différents.
- Le père Chevrier n’est pas un « autre curé d’Ars », mais certains rapprochements, sont plus nombreux qu’on ne pourrait le supposer.
Lire également :
- Le Curé d’Ars et P. Chevrier – Yves Delavoix (Novembre 2025), cliquez-ici.
- Grands témoins – Revue d’Ars, cliquez-ici.
Emilie Tamisier (1843-1910), fondatrice des Congrès Eucharistiques (1872-1874)
Emilie Tamisier s’était fixée à Ars, dont elle rêvait de faire « le type d’une paroisse eucharistique » vouée à l’adoration du Saint-Sacrement[1]. Elle fit alors du Père Chevrier son directeur spirituel, qu’elle consulta une trentaine de fois entre le mois de janvier 1872 et le mois de novembre 1874.
Elle le raconte dans le procès : « J’ai agi, en 1898, sous l’impulsion du P. Chevrier […] L’œuvre a grandi, est devenue les grands congrès eucharistiques et peut-être bientôt [deviendra-t-elle] le grand mouvement eucharistique universel que nous attendons comme le salut des temps présents […] Tout est là… »[2]
Le Père Chevrier lui écrit le 22 août 1872 : « Cachez-vous. Adorez le Saint-Sacrement en silence. Passez inaperçue. Vivez d’adoration, d’union à Notre-Seigneur, de prière. Soyez le cierge qui brûle et se consume à ses pieds… Ne vous agitez pas : C’est Dieu qui mène tout. Il sait où il vous conduit. Les choses tourneront à bien. Laissez-le faire. »[3]
« La lune reçoit sa lumière du soleil. Jésus au Saint-Sacrement est votre lumière. Recevez cette lumière, communiquez-la. »
« Soyez le pain de Notre-Seigneur. Voyez quelle préparation subit le pain ordinaire : on le sème; il meurt en terre pour produire; puis il est coupé par la faux du moissonneur; puis criblé au moulin; puis pétri, mis au feu; enfin il devient notre nourriture. Vous êtes encore au moulin. Vous en verrez bien d’autres. Notre-Seigneur se fait notre pain, se laisse manger par vous: soyez son pain par l’amour, par l’adoration. Priez pour le prêtre qui doit être le pain des âmes. »
[1] Emilie Tamisier, Origine des Congrès Eucharistiques, Liv. 1er, ch. 2, p. 36, Fonds Tamisier 830.
[2] Lettre du 27 février 1898 au Père Chambost.
[3] Id., 382-383, 1070-1071 et 1273.
Pour en savoir plus sur le Père Chevrier, Emilie Tamisier et les congrès eucharistiques, ou encore les conseils d’Antoine Chevrier à Mlle Tamisier, ainsi que le témoignage de Mgr Pierre Paul SERVONNET dans le procès de canonisation (Vol4).
Lire Lire le texte Mlle Emilie Tamisier par Yves Delavoix, cliquez-ici.
St Pierre-Julien Eymard (1811-1868), fondateur des prêtres du Saint Sacrement
Pierre-Julien Eymard fut d’abord mariste et même assistant général de cette congrégation, avant de fonder celle des Pères du Saint-Sacrement. Il avait été reçu par le Pape Pie IX le 20 décembre 1858, qui approuvait et bénissait la nouvelle fondation dont la visée était de propager l’adoration et le culte du Saint-Sacrement. Il fut canonisé par Jean XXIII en 1963.
Le Père Eymard et le Père Chevrier ont des préoccupations communes et surtout un même amour du Christ-eucharistique : ils se comprennent profondément. Mais chacun a suivi son chemin : tandis que le Père Chevrier s’installe au Prado (1860), le Père Eymard se rend à Paris et y organise l’Œuvre de la première Communion pour les jeunes ouvriers (1858).
Une rencontre sur le bateau de retour entre Rome et Marseille
Le père Chevrier posa le pied à Rome pour la première fois à la fin du mois de décembre 1858 et, à cette occasion, il prit l’habit dans le Tiers-Ordre franciscain. Dans le bateau qui le ramenait vers la France, il fit la rencontre du père Julien Eymard, fondateur des Pères du Saint-Sacrement
À son retour le Père Chevrier raconte cette rencontre à Camille Rambaud :
« Mon bon Frère,
Mon retour [de Rome] a été bon, à part le mal de mer qui a été aussi violent qu’au départ. J’ai des remerciements à rendre au bon père Eymard[1] qui a été très bon pour moi et qui m’a donné l’exemple d’une grande charité à bord du bateau. »
Le Père Eymard commente sa perception de l’œuvre du Père Chevrier :
Le père Chevrier demande au père Eymard de venir à Lyon ; ce dernier n’hésite pas : le jeudi 25 avril, il part pour Lyon où il ne reste que vingt-quatre heures, le temps de prendre contact avec le Prado, né depuis moins de cinq mois. Le père Eymard écrit au père de Cuers, le 1er mai :
« Il y a cinq jours que j’ai fait une apparition à Lyon. M. l’abbé Chevrier désirait me voir pour examiner sur les lieux la position et les personnes. J’y suis resté vingt-quatre heures et n’ai vu personne d’autre. J’ai été bien édifié de M. Chevrier, qui adopte sans réserve la Société et veut s’y donner tout entier. Le local qu’il a loué pour six ans, au prix de 4 000 francs, et qu’un de ses amis paie pour la première année, est susceptible d’être convenable pour la chapelle. Mais voici la question secondaire : M. Chevrier a la belle œuvre de la première Communion à laquelle il se dévoue depuis quelques années ; sa maison est disposée pour garder à demeure les enfants pauvres qui se préparent à la première Communion sous sa main, comme ses enfants. Il les garde deux, trois mois, selon leur capacité et vertu ; il fait un bien réel, son œuvre a toutes les sympathies ; il nous faut, à nous aussi, une œuvre d’occupation, de zèle eucharistique ; autrement nos adorateurs, dans les temps libres, perdront leur temps. Tout le monde ne peut pas faire du ministère, et il faut avec les enfants un ministère suivi. Pour moi, cette œuvre me va. Je sens qu’il y a quelques organisations à faire pour qu’elle soit toujours secondaire[2].
[1] Pierre-Julien Eymard (1811-1868) fut d’abord mariste et même assistant général de cette congrégation, avant de fonder celle des Pères du Saint-Sacrement. Il avait été reçu par le Pape Pie IX le 20 décembre 1858, qui approuvait et bénissait la nouvelle fondation dont la visée était de propager l’adoration et le culte du Saint-Sacrement. Il fut canonisé par Jean XXIII en 1963.
[2] C’est-à-dire pour qu’elle ne porte pas préjudice à l’activité principale, qui est l’adoration.
Lire : Rencontres et échanges entre Saint-Pierre-Julien Eymard et le Bienheureux Antoine Chevrier
par le père Dominique Nalis (Prêtre du Prado), cliquez-ici.