« Bienheureux Antoine Chevrier : Suivre Jésus pauvre »
Témoignage de Sœur Véronique Lheraud (1842-1925)
Qui est sœur Véronique ?
Dès 1860, le Père Chevrier est entouré de jeunes filles et de jeunes gens, il les forme comme « catéchistes ». Quelques-unes deviennent religieuses « du Prado ». Soeur Marie Boisson sera la première supérieure, et Soeur Véronique l’accompagne ; elle sera très présente aux débuts du Prado. Elle fera une longue déposition au procès de canonisation au ton très personnel. Voici quelques extraits.
À propos de la première communauté des sœurs
Le Père venait quelquefois pendant le temps du travail à la communauté des sœurs. Avec son pas léger, il passait dans les corridors et entrait à la salle de communauté sans être aperçu, et là Il considérait chacune à son travail et au silence et nous disait « On sent le bon Dieu ici ». Le Père, d’un seul coup d’œil, s’était rendu compte de la communauté. « Que la pauvreté et la simplicité restent toujours le caractère distinctif des enfants du Prado ».
Il était un saint !
« Le Père Chevrier est un saint. C’est le sentiment général, c’est le mien particulier. Je l’ai connu depuis l’âge de 19 ans jusqu’à 37 ans. J’ai été sous sa direction pendant 18 années dont six dans le monde et douze dans sa maison, j’ai été à même de le voir de près, de lui parler bien souvent, je l’ai beaucoup étudié, mais en tout et partout, j’ai toujours vu un saint et un saint tel que je désirais le voir : doux, bon et humble, gai, sans affectation, rien qu’en le voyant, on était porté à Dieu, à la vertu. C’était une lumière pour le monde. Il attirait tout à lui. Il laissait une grande liberté d’esprit aux âmes.
« Dans la rue l’on disait, ‘c’est un saint’ : sa haute taille, sa tête un peu penchée sur le côté droit, sa démarche grave et silencieuse, son regard doux et modeste, tout en lui portait à l’édification »
Le Père Chevrier aimait beaucoup les pécheurs. C’était une vraie joie pour lui quand un pécheur venait se confesser. Nous l’avons vu confesser à toutes les heures du jour et quelquefois tard dans la nuit. Que de fois il a mis la paix, l’union dans les familles.
Il meurt à l’âge de 53 ans, d’épuisement.
« Avec le docteur Levrat, on croit facilement que ce sont les jeûnes, les privations et les labeurs trop pénibles qui ont causé la mort prématurée du Père Chevrier. On le–voyait presque toujours occupé à l’heure des repas, il ne mangeait pas à l’heure et souvent il ne mangeait pas du tout. On le voyait s’affaiblir de plus en plus, ce qui faisait le sujet de nos graves inquiétudes. Cependant, il continuait son travail ».
À lire « Soeur Véronique LHERAUD témoigne de La sainteté vécue ». L’ouvrage préparé par Jean-Yves Leborgne (prêtre du Prado, diocèse de Rennes) ne contient que des paroles de Sœur Véronique, sans aucun commentaire ajouté à son témoignage. Ses propos ont été regroupés par chapitres afin d’en faciliter la lecture. Certaines phrases apparaissent en caractères gras, uniquement pour en souligner l’importance. Par ailleurs, certaines photographies anciennes originales ont été retravaillées à l’aide de l’intelligence artificielle afin d’en améliorer la qualité pour l’impression.
Le livret contient également une préface de Soeur Nora Rocco Quintero (Responsable Générale des Soeurs du Prado) et une postface du père Diego Martín Peñas (Responsable Général des prêtres et frères du Prado).
L’ouvrage (76 pages avec photos couleurs) est une édition du Prado (Février 2026) à l’occasion du bicentenaire de la naissance du Père Chevrier (1826-2026). N’hésitez pas à nous contacter pour le commander.
Extraits du Procès de béatification du Serviteur de Dieu,
Antoine Chevrier, prêtre, Fondateur de la Providence du Prado (Vol. 2)
Art. 243 : Qu’il était beau dans les rues, avec sa haute taille, sa tête un peu penchée sur le côté droit, sa démarche grave et silencieuse, son regard doux et modeste, tout en lui portait à l’édification. Aussi on ne se lassait jamais de le regarder. On se retournait dans les rues pour le voir et l’on disait : « C’est un saint ».
Art. 47 : il était comme un Père au milieu de ses enfants, mettant à leur portée les enseignements les plus élevés. Le dimanche, à la sainte Messe, on était ravi de l’entendre expliquer l’Evangile…
Art. 85 : En le voyant à l’autel, on était porté à prier en union avec lui. Il impressionnait les assistants. On entendait des personnes dire : « Qu’on entend bien sa messe au Prado ! »
La nuit de Noël 1856 : sa conversion
Art. 18 : La même personne a vu le Père se dévouer et exposer sa vie pour porter secours aux inondés de 1856. Son dévouement lui a mérité les félicitations du chef de l’Etat et de toute la population.
Art. 20 : Mais Dieu lui donna quelque chose de mieux ; la nuit de Noël de la même année, le Père reçut de grandes grâces, des faveurs extraordinaires devant la crèche du Saint Enfant Jésus. Il disait une fois au Prado : « C’est à Saint-André qu’est né le Prado. C’est en méditant la nuit de Noël sur la pauvreté de Notre Seigneur et son abaissement parmi les hommes, que j’ai résolu de tout quitter et de vivre le plus pauvrement possible ».
Art. 222 : Mais ce fut surtout dans la fondation du Prado qu’on remarqua la force surnaturelle du Père Chevrier. Lui, naturellement timide, défiant de lui-même, craignant les charges qui pouvaient le faire remarquer et faire parler de lui. Non seulement il l’a entreprise, mais il a soutenu son Œuvre pendant dix-neuf ans, à peu près seul pour une si lourde charge.
« Former de bonnes religieuses »
Art. 280 : « Nous devons vivre pauvrement parce que nous n’avons que ce qu’on nous donne pour vivre.«
« Nous devons être pauvres dans le logement, dans le vêtement, dans la nourriture, nous contenter du nécessaire en toute chose. «
Œuvre de la Première Communion
Art. 42 : Le Père Chevrier nous a souvent parlé au sujet de la manière de nous comporter à l’égard des enfants. Il a écrit : « Soyons pour les enfants des pères et des mères. …On doit toujours traiter les enfants avec douceur et charité, et ne jamais les frapper. S’ils ont des défauts, reprenons-les, mais soyons patients et prions pour eux ».
Art. 92 : Le Père Chevrier institua l’œuvre des Catéchismes pour les enfants délaissés ignorants qui avaient passé l’âge ordinaire de la Première Communion. Plusieurs milliers ont déjà bénéficié de cette belle œuvre.
Il disait que pour entrer dans sa maison, il y avait trois conditions : Ne rien avoir, ne rien savoir, ne rien valoir. Il écrivait : »Le Catéchisme est l’emploi le plus saint et le plus important de la maison ». Il estimait beaucoup le catéchisme et ne voulait être dérangé pendant qu’il le faisait.
Art. 68 : Nous avons vu le Père heureux de préparer au Sacerdoce ses premiers élèves qu’il appelait ses vrais enfants. Aussi, comme ils étaient l’objet de sa sollicitude, de son affection et de ses espérances, il disait : »J’espère avoir plus tard, dans mes jeunes prêtres, des aides pour travailler à l’Œuvre« .
« Que c’est beau Jésus Christ ! »
Art. 106 : Le Père aimait beaucoup le Saint Evangile, il le lisait, l’étudiait et recommandait aux personnes de la maison de le lire souvent. Il disait : « Oh ! Le beau livre, faisons-en notre étude. C’est là où l’on apprend à connaître Notre Seigneur et à devenir des saints ».
« Que la pauvreté et la simplicité restent toujours le caractère distinctif des enfants du Prado ».
Art. 221 : Il allait souvent voir un malade atteint de la petite vérole, et chaque fois, il l’embrassait malgré toutes les répugnances de la nature. Pendant les inondations de 1856, il exposa plusieurs fois sa vie pour porter secours aux victimes du fléau. Tout cela ne passait pas inaperçu aux paroissiens de St André ; ils ne furent pas longtemps sans s’apercevoir qu’ils possédaient un saint.
Art 279 : Le Père, par esprit de pauvreté, portait une soutane d’une étoffe très grossière. C’est lui-même qui voulut choisir le drap. Les demoiselles Mercier et Bonnard lui avaient acheté un manteau, elles l’avaient fait faire avec beaucoup de soin, on avait mis autour du col quelques jolis cordons : le Père les arracha et ne voulut pas le porter avant qu’il fût réduit à la simplicité.
Art. 287 : Il voulait qu’on fût vêtu simplement mais proprement.
« On sent le bon Dieu ici »
Humilité, simplicité
Art. 203 : Le Père venait « quelquefois pendant le temps du travail à la communauté des sœurs. Avec son pas léger, il passait dans les corridors et entrait à la salle de communauté sans être aperçu, et là il considérait chacune à son travail et au silence et nous disait « On sent le bon Dieu ici ». Le Père, d’un seul coup d’œil, s’était rendu compte de la communauté.
Art. 267 : Le Père allait tous les vendredis demander l’aumône à la porte de la Charité ; là, il était mêlé à toutes sortes de pauvres qui murmuraient contre lui ; il se plaisait en cette compagnie et calmait ses voisins en leur donnant de sa quête. Il eut beaucoup d’humiliations à subir à l’occasion de cette quête ; il fut insulté, il fut arrêté et conduit au poste par les agents de police. Mais il était heureux de souffrir toutes ces humiliations pour l’amour de Notre Seigneur.
« Je vais mettre de l’huile dans ma lampe »
Art. 146 : J’ai toujours remarqué dans le Père un grand attrait pour la retraite, la solitude. Quand il pouvait, il allait à Saint-Fons disant : « Je vais mettre de l’huile dans ma lampe, je vais chercher la sagesse, priez que je la trouve« .
« Devenir du bon pain et se laisser manger »
Art. 156 : Il a été lui-même ce bon pain.
Art. 158 : Le Père Chevrier aimait beaucoup les pécheurs. C’était une vraie joie pour lui quand un pécheur venait se confesser. Aussi il laissait tout pour cette âme. Nous l’avons vu confesser à toutes les heures du jour et quelquefois tard dans la nuit. Que de fois il a mis la paix, l’union dans les familles.
Art. 245 : Le Père Chevrier était la douceur même. C’est ce qui captivait en lui. On l’a vu souvent avec des importuns, il avait toujours la même douceur et la même bonté. Sa douceur était bien surnaturelle, car de sa nature, il était très vif.
Mortifications – Maladie
Art. 74 : L’année 1878 fut marquée par une grave rechute qui avait déjà failli enlever le Père à ses enfants. Avec le docteur Levrat, on croit facilement que ce sont les jeûnes, les privations et les labeurs trop pénibles qui ont causé la mort prématurée du Père Chevrier. On le–voyait presque toujours occupé à l’heure des repas, il ne mangeait pas à l’heure et souvent il ne mangeait pas du tout. On le voyait s’affaiblir de plus en plus, ce qui faisait le sujet de nos graves inquiétudes. Cependant, il continuait son travail. Il voulait encore faire la retraite aux sœurs, une quinzaine de jours avant de se mettre au lit pour ne plus se relever.
Art. 369 : Le Père Chevrier est un saint. C’est le sentiment général, c’est le mien particulier. Je l’ai connu depuis l’âge de 19 ans jusqu’à 37 ans. J’ai été sous sa direction pendant 18 années dont six dans le monde et douze dans sa maison, j’ai été à même de le voir de près, de lui parler bien souvent, je l’ai beaucoup étudié, mais en tout et partout, j’ai toujours vu un saint et un saint tel que je désirais le voir : doux, bon et humble, gai, sans affectation, rien qu’en le voyant, on était porté à Dieu, la vertu. C’était une lumière pour le monde. Il attirait tout à lui. Il laissait une grande liberté d’esprit aux âmes.
Oui, le Père Chevrier est un Saint digne d’être mis sur les autels.
Extraits du Procès de béatification du Serviteur de Dieu,
Antoine Chevrier, prêtre, Fondateur de la Providence du Prado
Qui est le père Nicolas Delorme ?
Nicolas Delorme était entré au Prado le 19 septembre 1865 pour se préparer à la première communion, puis, en octobre 1866, à l’école cléricale A. Chevrier. Il fera partie des 4 séminaristes formés par le P. Chevrier et ordonnés prêtres à Rome, en mai 1877. Devenu prêtre, le père Chevrier le chargea, en plus de l’école cléricale du Prado, d’organiser une œuvre de la persévérance, dont il fut le premier directeur. Il quitte le Prado en 1885 et devient curé de paroisse dans le diocèse de Lyon.
Témoignage du Père Nicolas Delorme (1851-1918) sur le Père Chevrier
« La réputation de sainteté du P. Chevrier était très étendue non seulement dans la ville de Lyon, mais encore hors de la ville… j’ai été témoin moi-même de ce concours de toute personne qui venait au Prado, riches, pauvres, hommes du monde, industriels, officiers, députés, beaucoup de prêtres. La multitude des lettres qu’il recevait chaque jour, prouve que sa réputation s’étendait même au loin en dehors de Lyon.
L’origine de cette réputation de sainteté doit être attribuée, selon moi, à une sainteté intérieure qui resplendissait autour de lui. »