« Bienheureux Antoine Chevrier : Suivre Jésus pauvre »

Père François Duret (1853-1921)
Mgr Paul Pellet (1859-1914)

Père François Duret (1853-1921)

Père François Duret au 1er rang à droite à côté du Père Chevrier.

Le Père Duret est un intime du Père Chevrier pour avoir passé 10 ans avec lui. C’est lui qui devait lui succéder à la tête du Prado (Mandat 1878-1891). Il a fait une premier long témoignage pour le Procès de béatification.

Sa foi est celle d’un homme libre

Le Père Chevrier met toute sa confiance en Dieu, « Il faut compter sur Dieu seul. Pourvu que nous fassions véritablement l’œuvre de Dieu, Dieu sera pour nous, c’est sa promesse »

il disait « que le monde pense ce qu’il voudra, peu m’importe. Qu’il me regarde comme un fou, peu m’importe. Je suis à Jésus-Christ, je marche sur ses traces ».


Animé par l’Esprit Saint

Il nous apprenait à l’aimer, à étudier ses dons, à le prier et il avait un attrait particulier pour le mystère de la Pentecôte.


Homme de prière

« O mes frères, qu’il fait bon prier dans le silence de la  nuit… Comme on est bien avec lui 


Homme de simplicité et de sagesse

« Soyez simples mes enfants, la simplicité plaît à Notre Seigneur.


Homme d’une grande bonté

J’ai vécu un certain nombre d’années près du Serviteur de Dieu, je l’ai observé maintes fois, je puis affirmer que la bonté (ou la douceur) fut une de ses éminentes et peut-être l’une des plus caractéristiques vertus.

Il avait la charité de saint Vincent de Paul et la douceur et la bonté de saint François de Sales .


Qui inspire sa pédagogie

« Il faut les aimer beaucoup, les enfants, leur témoigner une grande bienveillance, user d’une grande miséricorde à leur égard, quelque coupables ou criminels qu’ils aient été ou qu’ils soient encore, absolument comme Notre-Seigneur qui ne dédaignait pas la société des pécheurs

« On doit respecter les âmes et prendre garde de ne les point scandaliser »


Une foi qui désire contempler Dieu

« Que Dieu veuille me faire miséricorde et m’accorde le bonheur d’être au ciel un jour. Je sais que je ne le mérite pas ; mais j’ai confiance aux mérites infinis de Jésus-Christ, mon Rédempteur

Autres témoignages dans le Procès

« …J’ai pris part au cortège funèbre derrière le corps du P. Chevrier. Il y avait foule sur tout le parcours et sur les trottoirs, aux fenêtres, tout le monde m’a paru recueilli. On pouvait recueillir au passage des exclamations comme celles-ci : « C’est le Père des pauvres ! c’est un saint ! Quel dommage qu’il soit mort ! » (Int 27 – Volume 2)

Le Père Chevrier nous a souvent parlé au sujet de la manière de nous comporter à l’égard des enfants. Il a écrit : « Soyons pour les enfants des pères et des mères. Un père et une mère font tout par amour ; c’est ce qui adoucit leur tâche si laborieuse. Ils veillent à tous leurs besoins sans se rebuter jamais de recommencer chaque jour ce qu’ils ont fait la veille ». « On doit toujours traiter les enfants avec douceur et charité, et ne jamais les frapper. S’ils ont des défauts, reprenons-les, mais soyons patients et prions pour eux ». (Art.42 – Volume 2)

« Le Père cherchait avant tout à mettre l’Esprit de Dieu dans sa communauté : « Oh ! mettons l’Esprit, disait-il, avec l’Esprit, la pratique viendra assez. Le règlement n’est que l’écorce, c’est l’esprit qui vivifie« . Art. 185 -Volume 2)

Mgr Paul Pellet (1859-1914), cofondateur de la Société des Missions Africaines (SMA) à Lyon.

Le Père Lorenzo SNIDER (SMA), dans sa thèse de licence en théologie sur Mgr PELLET [1] présente ainsi la marque du Père Chevrier sur son jeune élève.

Vers les pauvres et le peuple : les racines d’une vocation missionnaire

Deux rencontres fondamentales orientent la vie de Mgr Pellet : l’une, avec le bienheureux Antoine Chevrier, de caractère prophétique charismatique, l’autre, de caractère plus ecclésial, avec l’acceptation de l’invitation pressante de l’Église, et en particulier de la papauté, à un engagement missionnaire renouvelé et fort envers les peuples des territoires qui ne sont accessibles que maintenant. Ces deux directives déterminent en grande partie la spiritualité de Pellet et constituent, pour ainsi dire, les piliers sur lesquels reposent sa stratégie missionnaire et ses écrits.


La racine charismatique et prophétique de la Société des Missions Africaines : le P. Chevrier et le Prado

En 1872, le fils aîné de la famille PELLET, Etienne, entre au petit séminaire de la Côte Saint-André et lorsque Paul, son jeune frère, exprime son désir de devenir prêtre, ses parents n’ont pas les moyens de payer une autre scolarité. Ils décident alors de le confier au prêtre lyonnais Antoine Chevrier, qui a ouvert une école cléricale pour garçons pauvres : le Prado. Etienne Pellet y étudiera trois ans, de 1874 à 1877. Il en sera marqué à jamais.

Toute sa vie, le père Paul Pellet aimera répéter avec émotion : « J’ai été élevé par un saint ! »

Conscient de son expérience personnelle, il écrira à ses confrères trente-cinq ans plus tard : « Nous faire vivre en compagnie d’un saint est la plus grande faveur que Dieu puisse nous accorder, après celle d’être saint nous-mêmes ». Invitant à la pauvreté effective, il se souviendra du Père Chevrier comme d’un prêtre « rempli de l’Esprit du Christ ». Le texte de « l’Ecole apostolique » est fortement redevable à l’écrit du Père Chevrier, « Le Véritable Disciple », dont il reprend les grandes lignes et les principaux contenus. Mais la vie même de Paul Pellet est marquée de manière indélébile par l’expérience du Prado. Le charisme pour l’évangélisation des pauvres, don de Dieu fait à Chevrier pour l’Église, est transmis à Pellet et féconde à travers lui, la vie et la spiritualité des pères SMA.


Convergence et divergence

Le Père Christian DELORME dans une étude de 2022 sur les liens qui unissent ces deux pasteurs nous permet de comprendre l’influence de Chevrier sur Mgr Pellet, mais en même temps leur originalité respective.

Un formateur de prêtres dans la ligne du Père Antoine Chevrier

Surtout, il a à cœur d’encourager tous ses confrères missionnaires, par ses instructions, ses correspondances et aussi ses visites.

Paul Pellet porte très fortement le souci d’appeler et de former des missionnaires, accordant beaucoup d’importance aux maisons de formation de la Société des Missions Africaines, en France comme en Irlande. De ses trois années au Prado, il a gardé la préoccupation d’une formation solide des prêtres et futurs prêtres à la vie spirituelle. Dès le début de son ministère épiscopal, il a pris l’habitude d’envoyer à ses missionnaires des circulaires dans lesquelles il leur trace des règles au service d’un même idéal apostolique.

Il encourage les prêtres à la méditation et la prière personnelles de chaque jour, et insiste pour que ceux-ci participent chaque année à une retraite. Tout cela conduira à l’élaboration, essentiellement par ses soins, d’un Directoire pour les membres de la société, qui sera adopté par l’Assemblée Générale de cette dernière de septembre 1907. 

L’ensemble de ces circulaires – il y en a en tout dix-neuf – constitue une œuvre qui sera, durant plusieurs décennies, l’un des principaux textes de référence des membres de la Société des Missions Africaines. Lorsqu’on se plonge dans ce recueil, on ne peut pas ne pas être frappé par la familiarité qui s’exprime entre la pensée et la spiritualité de Monseigneur Pellet et celles du père Antoine Chevrier. L’auteur de « L’École Apostolique » l’affirme lui-même dans sa préface : «  Le Vénérable Père Chevrier m’a fourni le sujet et le plan de tout l’ensemble par son « Véritable Disciple », et je l’ai suivi presque tout le temps pas à pas (…). Il est regrettable que je n’aie pas su faire passer dans ces pages la piété, l’esprit de foi et d’abnégation apostolique, l’amour aussi ardent que pratique pour Jésus-Christ et les autres qualités qui rendent les siennes inimitables. Seuls les saints écrivent comme le Vénérable Père Chevrier ». 

Dans une biographie importante de Mgr Jean BONFILS,  sma, évêque émérite de Nice, dédiée au supérieur Mgr Paul Pellet clarifie l’apport du P. Chevrier :  « il me semble pouvoir conclure que votre ancien supérieur général, pour ce qui regarde les caractéristiques générales, est débiteur de l’expérience spirituelle du père Chevrier. Mais pour ce qui concerne la façon de procéder et d’inscrire dans un contexte son intuition spirituelle, il suit un chemin qui lui est propre et qui, comme tel, ne peut être reconnu comme pradosien, justement à cause de l’extrême liberté qu’il prend en supprimant ou ajoutant des thèmes qu’il considère comme importants. A ce propos, l’image qu’on pourrait appliquer au livre L’École Apostolique est celle d’une plante dont les racines sont en France, mais dont les rameaux et les fruits appartiennent à l’Afrique »[2]

[1] Lorenzo SNIDER, in « DISCIPLES MISSIONNAIRES, Expérience spirituelle et projet de réforme dans « École apostolique » par Mgr Paul Pellet, SMA (1859-1914 ) »,  thèse de licence en théologie faculté de théologie du Triveneto Padua, Italie, Année académique 2019-2020
[2] in Jean Bonfils : « Disciples pour la mission », Edizione Missioni Africane, Roma, 2015, (pp 7 et 8 ).